Diamond Dogs : peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse
Les fidèles le savent : j’ai une tendance à la monomanie extrêmement énervante pour mon entourage (ceci expliquant sans doute pourquoi j’ai si peu d’amis), et pourtant, personne ne m’a fait de remarque quand j’ai annoncé que je remettais le couvert pour une seconde pioche au David Bowie Blog Tour. J’imagine que lorsqu’il s’agit d’un artiste aussi protéiforme, la monomanie n’existe pas puisque l’on peut complètement changer d’univers d’un album à l’autre.

J’avoue que pour ce deuxième tour, les bandes originales de The Buddha of Suburbia ou Christiane F. m’auraient bien arrangées, mais le destin nommé Xavier en a décidé autrement : ce sera Diamond Dogs (1974), un des albums du Thin White Duke sur lesquels je ne m’étais jamais penchée. C’est donc avec beaucoup de retard que je me mets au travail, car un détail aussi simple que futile avait tendance à me freiner : un homme-chien orangé posant langoureusement avec deux femmes-chiennes bleues et obèses sur une pochette de disque ne peut définitivement pas être de bon augure. Et pourtant, cette hideuse peinture signée Guy Peelaert (paix à son âme) renferme un diamant brut qui, très étrangement, passe souvent pour un album dispensable, probablement parce qu’il affiche un côté ouvertement brouillon, où le musicien devenu pour l’occasion Halloween Jack multiplie les influences, de l’intro mystique (Future Legend) au rock bien crasse façon Iggy & The Stooges (Diamond Dogs, le single Rebel Rebel) en passant par la ballade rock de belle facture (Sweet Thing, We Are The Dead), les envolées frénético-lyriques (Candidate repris 27 ans plus tard sur la superbe bande originale du non moins superbe Intimité de Patrice Chéreau, Chant of the Ever Circling Skeletal Family) et l’emprunt littéraire teinté de Philly Sound, présageant le Bowie futur (1984).
Il est important de rappeler que Diamond Dogs marque un tournant décisif dans la carrière de Bowie : après s’être séparé des Spiders from Mars – et plus particulièrement du guitariste Mick Ronson – après le médiocre Pin Ups (1973), David Bowie s’envole ici en solo ou presque. Entouré de Mike Garson aux claviers, Herbie Flowers à la basse et Aynsley Dunbar à la batterie, Bowie se charge lui-même – et très convenablement – de tous les autres instruments (voix, saxophones omniprésents, moog, mellotron et guitares, à une exception près : le titre 1984 interprêté par le guitariste Alan Parker).
Après l’aventure Ziggy Stardust et avant le Thin White Duke de Station To Station, Diamond Dogs est un album de transition et de transformation. Il marque le début d’une réelle émancipation artistique, même si Bowie continuera au fil des ans de savoir très bien s’entourer, que ce soit de Brian Eno pour sa trilogie berlinoise ou – et je vous entends déjà crier – Nile Rodgers de Chic pour Let’s Dance, album violemment décrié par les puristes mais sans doute le plus gros succès commercial du bonhomme.
Et pour clôturer, voici quelques images qui bougent du dit bonhomme à l’oeuvre…
Bonne année à tou/tes !
Add comment décembre 29, 2009
2009 : le bilan
… en dix albums qui ont illuminé mon année (écoutez ma sélection ici) :
APOSTLE OF HUSTLE, Eats Darkness (Arts&Crafts, 2009)
BLANK DOGS, Under And Under (In the Red, 2009)
CRYSTAL STILTS, Alight of Night (Slumberland, 2008)
EFTERKLANG & The DANISH NATIONAL CHAMBER ORCHESTRA, Performing Parades (Rumraket, 2009)
Tim EXILE, Listening Tree (Warp, 2008)
FEVER RAY, Fever Ray (Rabid, 2008)
FINK, Sort of Revolution (Ninja Tune, 2009)
HANDOME FURS, Face Control (Sub Pop, 2009)
The SOUNDTRACK OF OUR LIVES, Communion (The Soundtrack of Our Lives, 2009)
Charles SPEARIN, The Happiness Project (Arts&Crafts, 2009)
L’équipe de Première Séance et moi-même prenant quelques congés bien mérités, il n’y aura pas de Petite musique de film dans les deux semaines à venir, mais je vous retrouverai dès le 4 janvier pour une nouvelle année en images et en musique.
Bonnes fêtes de fin d’année à tou/tes !
4 comments décembre 22, 2009
Bye Bye Brittany
L’actrice américaine Brittany Murphy est décédée hier soir d’une crise cardiaque à l’âge de 32 ans.
Si d’aucuns se souviendront d’elle comme d’une america’s sweetheart, d’autres se rappelleront surtout de son interprétation dans 8 Mile ou Sin City.
Pour ma part, je l’avais découverte en 2002 dans Rencontres à Manhattan de l’Américain Edward Burns, irrésistible chassé croisé amoureux dans les rues de New York.
Bye bye Brittany !
1 comment décembre 21, 2009
Règlements de comptes en famille
Écrit et réalisé par Tamara Jenkins, The Savages est l’un des secrets les mieux gardés du cinéma indépendant américain récent. Sorti en 2007, le film met en scène Wendy et Jon, un frère et une sœur qui se retrouvent confrontés aux dures réalités de la vie à travers un père qui commence à se faire vieux et, accessoirement, à délirer complètement. À la mort de sa compagne, le vieil homme se fait éjecter comme un malpropre de ce paradis pour retraités qu’est Sun City pour être pris en charge tant bien que mal par des enfants qu’il a lâchement abandonnés vingt ans plus tôt.
Si le film peut sembler peu glamour sur le papier, cette tranche de vie pénible à première vue est rendue délicieuse par des dialogues truffés d’humour et l’usage intelligent de certains clichés démontrant à quel point les sociétés occidentales aiment à “ghettoiser” le troisième âge sous couvert de bien-être. Reliée par l’image du père, cette fratrie que tout oppose sonne d’autant plus juste que la réalisatrice a eu la brillante idée de réunir à l’écran deux des meilleurs acteurs contemporains : Laura Linney et Philip Seymour Hoffman sont parfaits en frère et sœur tentant de reconstruire entre eux et leur père un semblant d’intimité, multipliant les maladresses en voulant bien faire. Il est aussi pragmatique qu’elle est sentimentale, mais aucun des deux ne se sent vraiment à la hauteur de la situation.

Évitant le piège du drame familial larmoyant, Tamara Jenkins a signé avec The Savages un film universel et drôle qui éclaire différentes facettes de ses personnages sans pour autant tomber dans le portrait psychologique : comme Bertolt Brecht, elle privilégie la narration à l’intrigue, et ce n’est certainement pas pour rien que le personnage de Jon, professeur de philosophie, s’est spécialisé dans l’étude du dramaturge allemand.
Pour les mélomanes, il convient de mentionner la présence de Stephen Trask (Hedwig and the Angry Inch) aux commandes musicales – une présence discrète et néanmoins indispensable rehaussée par quelques emprunts chez Peggy Lee, Lotte Lenya ou The Kinks.
Add comment décembre 21, 2009
Une petite musique de film : Clean
Dimanche soir dans l’émission Première Séance,
Une petite musique de film se penchera sur

Les ex-junkies sont du pain béni pour le cinéma, et il n’est pas rare que leurs interprètes aient droit aux prix les plus prestigieux. En 2004, le Prix d’interprétation féminine de Cannes revint à Maggie Cheung pour le rôle d’Emily Wang, ancienne héroïnomane endeuillée qui n’a qu’une chose en tête : récupérer la garde de son fils.
Profondément ancré dans le milieu de la musique, Clean met en scène cette ex-femme de rockeur qui tente de se racheter une conduite, et dont les errances sont brillamment soulignées par les instrumentaux de Brian Eno. Du Canada à Paris via Londres, Clean multiplie les clins d’œils en mettant en valeur différents musiciens, que ce soit dans des rôles écrits sur mesure, comme celui du rockeur Lee Hauser interprété par James Johnston, leader de feu Galion Drunk et musicien des Bad Seeds de Nick Cave, ou as themselves, comme le groupe Metric, Tricky ou David Roback du groupe Mazzy Star. C’est d’ailleurs sous la houlette de ce dernier que Maggie Cheung poussera la chansonnette.
Si Clean a ravi les critiques de cinéma, les connaisseurs du milieu musical resteront sceptiques : il est en effet peu probable qu’un producteur en vue invite deux ex-tôlardes à enregistrer un album à leur sortie de prison, et si Maggie Cheung est effectivement superbe dans ce rôle à contre-emploi, le spectateur peine à croire que son teint lisse et frais soit celui d’une junkie. Par contre, le film aura au moins eu le mérite de faire découvrir au grand public l’un des secrets les mieux gardés du Canada : le groupe Metric, qui s’offre la scène d’ouverture.
2 comments décembre 17, 2009
Des images qui bougent : Rubber Johnny

Véritable génie du trafiquage vidéo, Chris Cunningham s’est prinipalement fait connaitre à travers les clips qu’il a réalisés pour son alter ego musical, Aphex Twin.
En2005, il réalise un court métrage de six minutes sur une musique de son camarade de toujours.
Chef d’oeuvre d’animation borderline, Rubber Johnny est aussi troublant, glauque et malsain que possible, mais nettement moins que les photos qui accompagnent le livret du DVD.
Âmes sensibles s’abstenir !
Les travaux de Chris Cunningham à La Médiathèque : - The Work of Director
- Rubber Johnny
2 comments décembre 15, 2009
Quoi de plus beau que les yeux d’un homme amoureux ?
…et quand l’homme en question s’appelle Jean Rochefort et qu’il apparaît transi d’amour dans “Le Mari de la Coiffeuse“, les cœurs fondent comme neige au soleil.
Pour son dixième film, Patrice Leconte a mis en scène en 1990 l’histoire simple et apparemment banale d’Antoine, dont le rêve – et ce depuis sa plus tendre enfance – est d’épouser une coiffeuse. Il trouvera chaussure à son pied en la personne de Mathilde, belle solitaire incarnée avec grâce, douceur et sensualité par Anna Galiena. Le couple vivra en autarcie et en parfaite harmonie, elle coupant les cheveux, lui observant la ronde des clients depuis son siège, se fondant parfaitement dans le décor, sauf peut-être lorsqu’il se met à danser…
Film atypique et bien moins léger qu’il n’y parait, “Le Mari de la Coiffeuse” se déploie avec une infinie douceur sur une très belle partition de Michael Nyman, la caméra de Patrice Leconte balayant les scènes en mouvement lents, alternant habilement le passé et le présent.
Les dialogues sont rares mais délicieux, et comme bien souvent dans les films dont il est l’interprète principal, la voix de Jean Rochefort nous sert en off les pensées de son personnage. Un personnage incapable de quitter des yeux cette femme, sa femme : une femme à la fois proche et étrangère que le spectateur découvre à travers le regard d’un homme fou amoureux.
3 comments décembre 14, 2009
Une petite musique de film : Continental Circus
Dimanche soir dans l’émission Première Séance,
Une petite musique de film se penchera sur

Continental Circus fait partie de ces films-cultes – et donc forcément rares – issus du documentaire : tourné en 1969 par Jérôme Laperrousaz, alors âgé de 24 ans seulement, le long métrage suit le coureur motocycliste Jack Findlay. Véritable passionné, il quitta son Australie natale en 1961 pour s’attaquer seul au Continental Circus, Grand Prix de vitesse moto, sans sponsors ni mécaniciens attitrés.
Pendant une saison, le jeune cinéaste a suivi Jack Findlay et sa compagne française, Nanou, captant l’action en direct, sans jamais intervenir, posant ainsi les bases de ce qui deviendra le cinéma-vérité. C’est aussi la première fois qu’un réalisateur utilise une caméra embarquée sur une moto.
Composée par le groupe de rock psychédélique Gong, la bande originale de Continental Circus a certainement contribué au côté “culte” du film : les quatre longues plages composée par Dævid Allen, Gilli Smyth et leur bande épousent parfaitement les images de vitesse, d’accidents et parfois de mort.
Sorti en salles en avril 1972, Continental Circus fut timidement édité en VHS dans les années 90, mais ne vit jamais le jour en DVD, malgré d’indéniables qualités. Le curieux pourra toujours jeter son dévolu sur la bande originale de Gong qui a connu plusieurs rééditions sur vinyle et sur CD. Jack Findlay, quant à lui, a quitté l’univers des courses après un grave accident en 1978 et est décédé en 2007 à l’âge de 72 ans.
1 comment décembre 10, 2009
Y’a du neuf : des images qui bougent !
Parce que WordPress est d’une lenteur épouvantable, que ce blog tourne au ralenti depuis quelques temps et que, mis à part ce cher Docteur, il n’y a personne pour en commenter les entrées, j’ai décidé de me faire plaisir et d’inaugurer une nouvelle rubrique : chaque semaine, vous aurez droit à un clip que j’ai aimé pour l’une ou l’autre raison.
Et pour en fêter l’ouverture en grandes pompes, voici non pas un, mais trois clips d’un mec qui m’a fait hurler de rire récemment : Jon LaJoie.
Enjoy !
5 comments décembre 8, 2009
Une petite musique de film : Married to the Mob
Dimanche soir dans l’émission Première Séance,
Une petite musique de film se penchera sur

Film injustement passé inaperçu lors de sa sortie en 1988, Married to the Mob de Jonathan Demme se penche sur le sort d’Angela, veuve d’un tueur de la mafia interprétée par Michelle Pfeiffer qui cherche à sauver sa peau et celle de son fils.
Comédie romantico-policière à la fois noire et haute en couleur, le film (traduit en français par Veuve mais pas trop) est accompagné d’une bande son eighties jusqu’au bout des ongles : outre sa musique originale composée par David Byrne, Married to the Mob rassemble des artistes tels que Sinéad O’Connor, Debbie Harry ou Brian Eno ainsi que quelques curiosités comme The Voodooist Corporation.
Quant à Chris Isaak, non content de contribuer à la bande originale, il s’offre également une petite et néanmoins importante apparition à l’écran, apportant ainsi sa modeste contribution à une galerie de portraits stupéfiante incluant, outre une Michelle Pfeiffer à contre emploi, Matthew Modine, Alec Baldwin et Dean Stockwell.
Depuis le succès de ses films Le Silence des Agneaux, Philadelphia et Rachel Getting Married, Jonathan Demme est devenu un réalisateur fréquentable, mais reste proche de ses racines. Il continue de clamer haut et fort son amour de la musique par le biais de clips vidéos et de concerts filmés, comme son récent Neil Young Trunk Show.
5 comments décembre 3, 2009
