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Dépendances et programmes anonymes
De tous temps, le cinéma s’est intéressé aux histoires de dépendances, physiques et psychiques, car elles offrent un panorama de tout ce que l’être humain à de plus complexe.
Malheureusement, le compte-rendu des cinéastes reste bien souvent incomplet et très superficiel, car si, de « Leaving Las Vegas » à « Californication » via « She’s so lovely », les addictions diverses et variées ont été présentées dans tous leurs états (alcoolisme, toxicomanie, dépendance affective, troubles alimentaires, dépendance au jeu, au sexe ou autre), il est rare qu’un film se penche sur la rémission de façon réaliste. La plupart du temps, celle-ci est présentée sous sa forme la plus poétique et la plus totalement irréelle : tel héros arrête la came par amour pour sa belle (« Walk the line »), un autre se sèvre tout seul comme un grand pour prouver qu’il est le plus fort (« Trainspotting »), mais rarement il est question de groupes de parole et de programmes « douze étapes », comme ceux des Alcooliques, Narcotiques ou Outremangeurs Anonymes (voir liens en fin d’article). Sans doute parce qu’ils ne sont pas intéressants cinématographiquement parlant ; peut-être aussi parce qu’il est bien plus romantique de présenter un héros ou une héroïne seul/e face à ses démons.
Dans la vraie vie pourtant, il est hautement improbable sinon impossible que quelqu’un se libère durablement de ses dépendances en restant seul : à titre d’exemple, celui qui se sèvre par amour a de grandes chances de replonger dès que sa vie amoureuse sera un peu moins rose.

Quelle que soit la raison du sevrage, le fardeau est bien lourd à porter sur des épaules fragilisées par le manque – de substances, de confiance, d’estime de soi. Un soutien est donc indispensable, tant pour les “accros” en voie de guérison que pour leur entourage, enfants, parents et amis appelés “co-dépendants”. Bien qu’il existe pour ces derniers des groupes de soutien spécifiques (Al-Anon et Alateen pour ne citer qu’eux), ils restent hélas méconnus, tant du grand public que – et c’est un comble – du personnel soignant. Celui-ci étant formé pour soigner et accompagner les problèmes d’addiction, il est bien souvent démuni face à la détresse de l’entourage qui, lui aussi, doit pouvoir bénéficier d’un suivi.
Or, après un sevrage, ce suivi se résume fréquemment, pour le dépendant comme pour ses proches, à des béquilles chimiques sous formes d’antidépresseurs, anxiolytiques et autres régulateurs d’humeur. À moins d’avoir été admis dans une clinique spécialisée pour une prise en charge quatre étoiles (après un délai d’attente désespérément long), c’est à des individus déjà passablement fragilisés d’effectuer les démarches nécessaires pour se refaire une santé mentale. Car si la “rehab” a le vent en poupe auprès des beautiful people, les centres de désintoxication de luxe restent réservés à quelques happy few qui ont le temps et surtout l’argent de passer quelques semaines ou mois en compagnie d’une horde de médecins, psychologues, diététiciens et coachs personnels.
Tous les autres, hommes et femmes de la rue qui, en plus de leur addiction, doivent jongler avec leur vie professionnelle, familiale et les aléas de la vie quotidienne, n’ont qu’à se débrouiller…
C’est ici que le rôle des groupes anonymes et programmes douze étapes est absolument primordial, car il permet à tout un chacun de rencontrer chaque semaine (et parfois davantage) des personnes partageant un même problème, d’échanger des expériences et de trouver un soutien inestimable que ne saurait lui offrir son entourage, à moins qu’il ne soit, lui aussi, passé par l’enfer de la dépendance.
Les programmes anonymes dans le documentaire et la fiction
Filmographie sélective :
Metallica, Some kind of monster
Pendant trois ans, les réalisateurs Joe Berlinger et Bruce Sinofsky ont suivi le groupe Metallica dans la préparation de leur album « St. Anger ». Durant cette période, le chanteur-guitariste James Hetfield aura passé six mois en clinique pour soigner son alcoolisme et ne cache pas, à son retour, qu’il bénéficie du soutien d’un groupe.
Un témoignage touchant.
Comme toujours chez Ken Loach, il est question d’un personnage paumé, mais fort et plein d’espoir, interprété ici par un magnifique Peter Mullan : Joe est alcoolique abstinent, et s’il égratigne un peu les A.A., c’est parce qu’il sait qu’ils lui sont indispensables.
Les groupes de parole pour se dire qu’il y a plus malheureux que soi : l’idée est simple, mais il fallait y penser. Ce qui explique la présence d’une femme dans les groupes réservés aux malades de la prostate…
Le clin d’œil reste certes anecdotique, encore fallait-il en parler.
Sa dépendance à lui est innommable, car elle se situe bien au-delà de la compréhension : Dexter est, sous des dehors charmants, un redoutable tueur en série. Mais comme il ne s’attaque qu’aux très, très méchants (pédophiles, violeurs, trafiquants de drogues, d’armes, d’humains, etc.), la morale – la sienne, tout du moins – est sauve.
Après une première saison totalement addictive, la production a remis le couvert. Au programme : coups de théâtre et rebondissements, ainsi qu’un Dexter se retrouvant, un peu à son insu, a devoir participer aux réunions des Narcotiques Anonymes. Splendide !
Urgences, saisons 6 et 7
Après avoir développé une dépendance aux médicaments pendant la saison 6, le Docteur John Carter suivra une cure de désintoxication la saison suivante, avec l’aide de son entourage et d’un groupe de soutien.
Quelques liens utiles :
Dépendantes Affectives Anonymes
Dans de nombreuses villes, il existe plusieurs groupes de soutien et de parole. Dans tous les cas, il est bon d’en mettre quelques uns à l’essai afin de trouver un groupe au sein duquel on se sente à l’aise. Trop de personnes ont fait demi-tour quand le premier groupe “testé” ne convenait pas, mais il en existe beaucoup d’autres, et l’on ne peut raisonnablement pas porter de jugement sur base d’une seule séance.
Tout comme il est rare de tomber dans la dépendance du jour au lendemain, le rétablissement ne se fait pas spontanément non plus. Cela demande un certain temps, un peu de courage, de l’espoir aussi, et beaucoup de bon sens.
Et ça en vaut certainement la peine !
Creux estival
En attendant la sortie imminente de la prochaine Sélec, mi-août, je suis au regret de vous annoncer que ce blog est momentanément en stand-by : pas de petites musiques de film avant septembre (si ce n’est les rediff’ de l’été) et peu de choses intéressantes à raconter.
Vous trouverez un peu de lecture sur mon autre blog, et je reviendrai très bientôt par ici pour vous parler de mes derniers coups de coeur via la nouvelle Sélec : des choses à lire, à voir et à écouter, oui, oui !
D’ici-là, n’hésitez pas à fouiller dans mes archives et à laisser tous les commentaires que vous voudrez, car un blog sans commentaires est un blog agonisant.
Et vous ne voudriez pas que ça arrive, si ?
Taxi !
Dans mon enfance, j’étais fascinée par les Wolpertinger, ces animaux imaginaires bavarois qui me narguaient chaque été, moi et mon grand verre de lait, du haut du mobilier rustique de l’une ou l’autre auberge de montagne. Ce n’est que beaucoup plus tard que je compris que ces animaux empaillés étaient l’œuvre de taxidermistes cherchant sans doute à tromper leur ennui entre deux commandes. On pourrait bien sûr discuter pendant des heures du bien fondé de la chose, il n’empêche que ces créatures me laissèrent une forte impression doublée d’un profond respect pour leurs créateurs.
Pourtant, et malgré (ou à cause de) son étrangeté, le milieu de la taxidermie est rarement représenté à l’écran, car d’aucuns le jugent malsain et de mauvais goût, alors que la médecine légiste s’offre depuis des lustres une belle part du gâteau cinématographique et télévisuel. Mais on ne badine pas avec les animaux morts ! Voilà peut-être pourquoi les taxidermistes n’ont pas la cote au cinéma. Citons en exemple le héros de “El Aura“, taxidermiste misanthrope (n’est-ce pas un pléonasme ?) échafaudant des plans de hold-up parfaits, ainsi que le bien nommé “Taxidermia“… et c’est à peu près tout.
Pourquoi refuser à la taxidermie le statut d’art à part entière ? Après tout, les “Körperwelten” de Gunther von Hagens ont connu un succès foudroyant, et les curieux se pressent au portillon des musées du monde entier pour y découvrir ossements et corps momifiés, alors que les musées d’histoire naturelle restent des havres de paix fréquentés avec parcimonie…
Il semblerait en effet que la mort des hommes fascine tandis que celle des animaux dégoûte. Sans doute que l’être humain ressent le besoin d’être rassuré au sujet de sa propre mortalité – et donc de la regarder bien en face – tout en détournant les yeux d’une réalité pourtant inéluctable : tous les animaux meurent un jour ou l’autre, et ce privilège n’est pas réservé aux seuls humains.
Du chat-chat à sa mémère dans “Mars Attacks” aux animaux plongés dans le formol par Damien Hirst via la taxidermie mécanique de Lisa Black ou les “Misfits” de Thomas Grünfeld, partiellement repris par Simian dans l’album “Chemistry is what we are” (dont la pochette et le livret font étrangement écho à ceux de “In the cold light of morning” de Dream City Film Club), la taxidermie est néanmoins présente à différents niveaux du monde artistique,
à commencer par la photo. Et, comme partout, il en faut pour tous les goûts.
Or, il n’est pas politiquement correct de représenter les animaux morts (même de mort naturelle et artistiquement empaillés), le droit de mourir étant visiblement l’apanage des humains. Cela ne justifie en rien la cruauté dont font preuve bon nombre d’artistes autoproclamés, mais puisque l’animal est déjà mort de toutes façons, pourquoi
ne pas lui rendre hommage en lui offrant une seconde vie au-dessus de la cheminée ? Quitte à le faire participer à d’étranges mises en scène, comme dans le livret qui accompagne les douceurs post-rock de Piano Magic sur “Low Birth Weight“, où chatons et rongeurs se retrouvent autour d’une tasse de thé ou à l’école par l’intermédiaire de l’artiste Walter Potter.
Car l’art n’est jamais qu’une question de points de vue – les goûts et les couleurs…
(et pour savoir ce que je pense du végétarisme, c’est par là…)
Schizophrène, moi ?
Vous vous en doutiez : je ne suis pas une intello. J’en suis même tout le contraire.
Voilà qui explique peut-être l’absence de commentaires sur ce modeste blog, qu’en dites vous ?
Ou alors serait-ce l’absence de parti pris ?
Honnêtement, qui peut bien prendre au sérieux une pauvre fille qui, entre deux musiques de film, donne son avis sur des choses aussi éloignées les unes des autres que “A Cross the Universe” et “Don’t look now“, Beethoven et Datarock, “Dexter” et le théâtre de Bertolt Brecht, Hubert von Goisern et Underground Resistance, le porno “d’auteur” et les films de zombies ?
Schizophrène, moi ? Totalement !
Mais pas au sens clinique du terme.
D’ailleurs, vous étiez prévenus !
En fait, je crois que ce blog est atteint du syndrome “trop ou pas assez”. C’est un syndrome fort difficile à expliquer, mais je vais essayer quand même :
tour à tour, et selon les individus, on pourra le trouver trop
- frivole
- brouillon
- léger
- sérieux
- inconséquent
- individualiste
- éclectique
- pointu
- caustique
- superficiel
- impersonnel
ou pas assez
- frivole
- brouillon
- léger
- sérieux
- inconséquent
- individualiste
- éclectique
- pointu
- caustique
- superficiel
- impersonnel
Vous me suivez ?
Tout ça a beau être paradoxal (comme tout schizophrène qui se respecte), il me semble que c’est l’absence totale de parti pris qui veut ça – si ce n’est celui de ne pas vous imposer des tartines longues comme le bras. Voyez-vous, je ne suis qu’une petite scribouillarde passionnée de musique, de lecture, de cinéma (et encore, je ne vous parle ici ni de cuisine, ni de tricot – j’ai un autre endroit où le faire), et cet espace virtuel me sert de vaste fourre-tout (pour ne pas dire de vaste bordel) où répertorier en quelques phrases mes petits et grands coups de cœur. Alors, forcément, ce sera toujours “trop” ou “pas assez” puisque mes coups de cœur sont ce qu’ils sont : subjectifs, spontanés, parfois naïfs, rarement réfléchis, et ce ne sont jamais que des instantanés de mes goûts à un moment donné.
Ce que j’aime aujourd’hui ne me plaira peut-être plus demain (et vice versa), et j’aime bien savoir qu’il y a sur la toile un petit endroit où retrouver tout ça.
Quand je serai vieille, aigrie et couverte de l’urine de mes quatorze chats dans une maison toute bringuebalante, je me relirai peut-être en me disant : “Putain ! Qu’est-ce que j’ai pu me la pêter quand j’étais jeune !”.
Ou alors : “Sacré d’saint milliard de non di djû, j’aurais bien fait de réfléchir un peu avant de pondre des futilités pareilles !”. Et je me lèverai difficilement de ma chaise percée pour mettre un 33 tours de musique concrète…
Argghh !
Ravalement de façade
Je (m’en)dors sur ce blog, tout comme vous d’ailleurs, me semble-t-il.
Malgré de nombreuses visites, cet espace manque cruellement de stimuli (internes et externes), et de le voir ainsi à l’agonie m’angoisse profondément.
Aussi, je lui ai donné de nouvelles couleurs, plus douces, plus fraîches qui correspondent bien à mon humeur en cette fin d’hiver.
N’hésitez pas à me faire partager vos remarques, idées, suggestions et commentaires.
Toute critique, même négative, est la bienvenue !
Et n’oubliez pas :

Kiné-Police
J’ai appris hier que le groupe Kinépolis s’apprête à ouvrir une chasse aux pirates. Rien à voir avec Johnny Depp et ses potes, non, non, mais avec les vilains copieurs de films.
Concrètement, tout appareil enregistreur de son et/ou d’image sera interdit dans les salles (appareil photos inclus). D’autre part, une bande annonce visant à “sensibiliser” le public sera diffusée avant chaque film. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à croire que cette bande annonce viserait à lui faire peur, mais bon…
Jusque là, rien de bien grave, et d’ailleurs, je m’en bats l’oeil : je ne fréquente pas les salles du groupe Kinépolis. J’avoue même trouver cela assez drôle, car s’ils mettent sérieusement leur règlement en pratique, il n’y aura bientôt plus de GSM dans les salles puisqu’ils font presque tous fonction d’appareil photo et/ou d’enregistreur MP3 en plus de leur fonction initiale.
Non, ce qui me dérange, c’est l’appel à la délation qui est lancé en parallèle : un numéro de SMS invite quiconque aurait des soupçons à balancer son voisin.
Ça me fait penser à une époque pas si lointaine où de braves-gens-bien-comme-il-faut passaient pour des citoyens exemplaires s’ils dénonçaient, au choix, des juifs, des homosexuels, des handicapés, ou tout ça à la fois.
Ce qui me dérange également, c’est l’amalgame qui est fait entre “copieur” et “pirate”. Ou s’arrête la copie privée, ou commence le piratage ?
Quand on travaille à La Médiathèque, c’est une question qui revient régulièrement dans la bouche des membres et qui est d’autant plus délicate que la législation semble vague. Sans parler de “vide juridique”, j’ai l’impression toutefois que les condamnations se font souvent au cas par cas, selon la gueule (ou plutôt le porte-feuilles) du client. Je ne vais pas vous donner d’exemple : la presse en est pleine.
On le sait : l’industrie du disque va mal et est suivie de près par celle du cinéma qui commence à souffrir sérieusement de la mise en ligne de films avant leur sortie en salle.
Pourtant, internet reste un fabuleux outil pour celles et ceux qui ont décidé (parfois par la force des choses) de pratiquer leur art en dehors des sentiers battus. Un outil de promotion, pour commencer, et parfois un formidable tremplin vers la gloire. De plus en plus d’artistes se font remarquer grâce à leur site, qui leur permet de faire circuler leur créations et, de fil en aiguille, de créer des liens professionnels plus ou moins solides. Plus personne n’est dupe : on ne gagne pas sa vie en vendant son art. C’est dans les chemins de traverse qu’il convient dorénavant d’évoluer si l’on veut durer. La Star Academy et autres formats préfabriqués ne sont que des feux de paille, ce qui, en soi, est rassurant. Et Pascal Nègre m’a bien fait rigoler, il y a quelques années, lorsque, au cours du sacre de Jennifer, il a déclaré (à peu de choses près) : “Et oui, c’est tout un travail d’être artiste : nos candidats ont bossé dur pendant six semaines !”.
C’est donc tout ce qu’il faut à ses yeux pour acquérir l’assurance et la maturité nécessaires à ce métier ? Six semaines et beaucoup de fric ?
Selon un vieux proverbe allemand, le besoin rend créatif. S’entourer d’une armée de professionnels dans les meilleurs studios du monde n’a jamais rendu personne plus inspiré.
My name is Joe



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