Posts filed under 'Fiches de lecture'

Standard Champion !

En bonne navetteuse, je passe beaucoup de temps chez les marchands de journaux des gares de Liège et de Bruxelles. Alors que j’avais fini la lecture des traditionnels mensuels Trax et Myself, j’ai découvert il y a quelques jours une revue dont la 22e édition m’a tapé dans l’oeil (même pas eu mal !) : il s’agit du trimestriel Standard, petit (mais costaud) format parisien qui pourrait bien détrôner Technikart et offrir un palliatif salutaire aux Inrocks.

Si ces derniers me tombent souvent des mains de part leurs contenus branchouilles et parigo-parisianistes, Standard ne fait pas dans le copinage et propose des articles de fond (mais aussi des pages plus légères) autour d’une thématique de base. Le numéro de ce premier trimestre 2009 est dédié au Mal avec un grand M (comme le Maudit) et contient, entre autres, des entretiens avec Harmony Korine, Romain Gavras, Antony (celui des Johnsons) et Moebius, des articles sur les nouvelles Riot Grrrrlz, la série Dexter et la première triennale internationale de la Tate Britain, des pages “Mode et beauté”, toutes sortes de chroniques, ainsi qu’un drôle de débat fantasmé entre Hannah Arendt, Kant, Sartre, Voltaire, Leibnitz et Saint Thomas d’Aquin sur l’origine du Mal.

Pour tout vous dire, j’ignore si j’aurai englouti, assimilé et digéré les 226 pages de ce Standard peu ordinaire avant la parution en avril du prochain numéro. Ce que je sais, par contre, c’est que son contenu riche, dense et savoureux comme un Schwarzwälder Kirsch égayera avantageusement mes prochaines aventures ferroviaires.

1 comment février 2, 2009

Fiche de lecture

Génération 69, Les trentenaires ne vous disent pas merci !

de Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier

Les effets pervers de Mai 68

Avec cet essai, les deux journalistes trentenaires livrent un ouvrage remarquable de drôlerie et de colère à peine dissimulée, en partant d’une question parfaitement légitime : que nous-ont concrètement légué les Soixante-Huitards à nous, jeunes adultes estampillés “bof génération” par nos aînés ?

Au fil des 180 pages de Génération 69, Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier développent un argumentaire solide, aussi méticuleux qu’inquiétant, rappelant aux trentenaires de France et d’ailleurs à quel point leur génération a été oubliée.

Dur, dur, en effet, de se faire une place, aussi petite soit-elle, dans l’ombre de nos illustres prédécesseurs qui, contrairement à nous, ont tout vu, tout connu, tout essayé au cours de leur joli mois de mai. Face aux baby-boomers pétris d’assurance (et pourtant à la veille de la retraite), les (trop) discrets trentenaires font pâle figure, passant pour d’éternels enfants aux yeux de cette génération qui refuse de vieillir et donc de céder sa place.

Morceaux choisis :

Il faut reconnaître que malgré les belles promesse de papa-maman, pour nous, tout a plutôt mal commencé. Déjà, au collège ou au lycée [...] on nous signifiait que les temps seraient durs, que les Trente Glorieuses étaient bien passées et que les CDD, les contrats à durée déterminée, seraient notre particularité. Nous serions, jusqu’à nouvel ordre, une génération à durée déterminée.

Nous n’avons jamais eu de métier. Jamais de statut. (p. 14-15)

« Le problème de votre génération, analyse le généticien Albert Jacquard, c’est qu’elle est oubliée, et cela, c’est pire que tout. Être haï, ce n’est pas bien plaisant, mais être oublié, c’est terrible ! » (p. 17)

Les vieux étaient persuadés que le monde était plus beau avant, ignorant que le monde n’y était pour rien, que c’était leur regard de jeunes qui le rendait beau, et qu’après eux d’autres regards neufs rendraient le monde toujours plus neuf. À condition de ne pas écraser le futur.

(Maïa Mazaurette, extrait de Le pire est avenir cité en prélude du chapitre Jeunes pour l’éternité, p.49.)

Il y a trente ans, un fils gagnait à peine 20% de moins que son père. Aujourd’hui, à poste égal, l’écart est de 40%, constate le sociologue Louis Chauvel. [...] Les trentenaires sont mieux formés, mais beaucoup moins bien payés : vous y comprenez quelque chose ? (p. 74)

Force d’arguments, de chiffres et de témoignages, les deux journalistes dressent un portrait doux-amer d’une génération désenchantée (air connu !), peu prise au sérieux par celle de ses parents.

Un livre à lire, à relire, à citer, à offrir, même s’il n’apporte que bien peu de réponses, si ce n’est une lueur d’espoir.

Add comment octobre 14, 2008

Fiches de lecture

Je ne suis pas sportive pour un sou et m’intéresse peu aux vieilles pierres. Alors, quand sonne l’heure des vacances, je pars avec mon stock de livres en souffrance (c’est compulsif : je ne peux pas sortir d’une librairie ou d’une bouquinisterie les mains vides ; pareil aux puces).

Je lis toute l’année, et quand je peux prendre le temps de ne faire que ça (de même que dormir et me dégourdir les jambes sans but précis), c’est le bonheur intégral. J’ai donc “sacrifié” ma première semaine de vacances à la lecture.

 

Petit compte-rendu.

 

Lucía Etxebarría, Beatriz et les corps célestes (1998).

Étudiante en quête d’identité, Beatriz se cherche à travers les autres, de Madrid à Edimbourg. Peinture douce-amère du mal-être ordinaire, Lucía Etxebarría arrive, tel un Almodóvar, à faire jaillir des lueurs d’espoir où d’autres ne verraient qu’un acharnement du destin.

Prix Nadal 1998 (équivalent espagnol du Goncourt).

 

Annie François, Bouquiner (2000).

Annie François, sans diplômes, sans titres, sans tambour ni trompette, a passé trente ans de sa vie professionnelle à lire dans diverses maisons d’édition. (notice biographique, p.3)

Délicieuse “autobiobibliographie” d’une authentique mangeuse de livres, Bouquiner se prend et se repose au fil des envies, ses 52 petits chapitres invitant au rire comme à la réflexion. D’une plume drôle et alerte, l’auteure ne se fait pas de cadeaux et, du coup, en fait plein au lecteur. Un régal !

 

Tonino Benacquista, Malavita (2004).

J’ai peur d’en dire de trop sur ce livre plein de surprises (comme tout Benacquista qui se respecte), aussi ferai-je court : après des étapes à Paris et à Cagnes-sur-Mer, une famille américaine s’installe à Cholong-sur-Avre, Normandie. Les raisons de son exil se préciseront au fil des pages, sachant toutefois qu’un indice de taille réside dans le nom du chien.

 

Antonio Tabucchi, Requiem (1992).

Classique contemporain de la littérature lusophone, Requiem a pourtant été écrit (en portugais) par un auteur italien. Cet étrange récit où se croisent les morts et les vivants dépeint Lisbonne et ses habitants avec chaleur et mélancolie. Un concentré de saudade pour celles et ceux qui souhaitent (re)découvrir cette ville en immersion totale.

 

 

 

…et puis, il y a les livres que je picore tout doucement, m’en gardant un peu pour plus tard :

 

John Irving, Les rêves des autres (anthologie, 1993).

Sept nouvelles de John Irving parues dans la presse entre 1968 et 1993. Nettement plus court que Le monde selon Garp ou L’épopée du buveur d’eau, mais tout aussi savoureux.

 

Gérard de Constanze, Paul Auster’s New York (2004).

Big Apple semble servir d’alibi à cette biographie puisque, à travers des documents personnels et autres anecdotes dont il a le secret, Paul Auster se dévoile autant qu’il dévoile sa ville, personnage à part entière dans nombre de ses romans. Un livre passionnant pour les amateurs de l’auteur comme pour les amoureux de New York.

 

Franck Evrard, L’érotique des lunettes (2003).

En bonne binoclarde qui assume (et revendique !) son “handicap”, j’ai voulu savoir ce que pensent les gens instruits (Franck Evrard est docteur ès lettres et ès arts du spectacle) du pouvoir de séduction des besicles. Plutôt ardu, mais neanmoins intéressant.

 

Walker Percy, Le cinéphile (1961).

Parchutez l’Étranger de Camus du côté de La Nouvelle-Orléans, donnez-lui beaucoup d’humour, faites de lui un cinéphile invétéré, et vous obtiendrez le portrait-robot du héros de ce roman, Binx Bolling. (André Clavel, L’Événement du Jeudi)

Séduite par cette quatrième de couverture et le nom du narrateur, je n’ai pas pris le temps de feuilleter le roman à l’étal du bouquiniste. Je découvre une écriture minuscule, simple mais dense et une histoire où, comme dans L’ Étranger, il se passe peu de choses.

Après mes “légères” lectures d’été, ce roman me déçoit. Je me le garde donc pour mes longues soirées d’hiver, un peu comme le dernier album de Portishead qui ne faisait définitivement pas le poids contre celui des Midnight Juggernauts.

 

2 comments août 27, 2008

Beaucoup de bruit pour rien

Pour commencer, force m’est d’avouer que je n’ai ni lu, ni vu American Psycho (voir Christian Bale en tueur psychopate serait au dessus de mes forces !).

Parce que je suis une grosse consommatrice de livres lus sur CD, je l’ai écouté, narré par le génial Moritz Bleibtreu (Lola rennt, Luna Papa, Das Experiment, etc.).

Arrivée à la fin du sixième et dernier CD, je me suis demandée “Et quoi ? C’est tout ?”, cherchant désespérément une septième galette dans le boitier… Ben oui, c’était tout !

Selon moi, American Psycho est une vaste fumisterie dont la forme se rapproche davantage du rapport de police que de l’idée que je me fais de la littérature. Certes, c’est ce qu’on appelle de la littérature trash, et je sais qu’elle a le vent en poupe depuis plusieurs années. Elle a ammené à lire des individus qui ne lisaient pas ou peu, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi.

En ce qui me concerne, c’est un genre qui ne me séduit ni par sa forme ni par son fond (encore faut-il que j’en comprenne la forme…). Je ne dois pas être dans la cible, tout simplement ! Pas assez hype, pas assez trash.

Un peu comme les films de Gaspar Noé et de Quentin Tarantino qui, si je leur trouve de réelles qualités de cinéastes, développent des sujets qui ne me parlent pas.

Heureusement, mon travail à La Médiathèque me permet d’avoir accès à toutes sortes de choses et de faire mon propre choix. Quelqu’un qui n’a jamais mangé de fraise ne saura pas quel goût ça a. Il en va de même pour l’art sous toutes ses formes, d’autant plus que l’être humain est ainsi fait qu’il évolue au cours de sa vie et que ses goûts évoluent en même temps que lui. La connaissance de soi passe aussi par la reconnaissance de ses goûts qui, heureusement, ne sont jamais figés.

Je suis persuadée que rien n’est mieux ou moins bien qu’autre chose : c’est différent, un point c’est tout. L’important est de garder l’esprit assez ouvert pour accueillir ce qui nous entoure, quitte à le rejeter par la suite.

Et non, la curiosité n’est pas un vilain défaut !

2 comments mai 26, 2008


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