Posts filed under 'Les goûts et les couleurs'
Taxi !
Dans mon enfance, j’étais fascinée par les Wolpertinger, ces animaux imaginaires bavarois qui me narguaient chaque été, moi et mon grand verre de lait, du haut du mobilier rustique de l’une ou l’autre auberge de montagne. Ce n’est que beaucoup plus tard que je compris que ces animaux empaillés étaient l’œuvre de taxidermistes cherchant sans doute à tromper leur ennui entre deux commandes. On pourrait bien sûr discuter pendant des heures du bien fondé de la chose, il n’empêche que ces créatures me laissèrent une forte impression doublée d’un profond respect pour leurs créateurs.
Pourtant, et malgré (ou à cause de) son étrangeté, le milieu de la taxidermie est rarement représenté à l’écran, car d’aucuns le jugent malsain et de mauvais goût, alors que la médecine légiste s’offre depuis des lustres une belle part du gâteau cinématographique et télévisuel. Mais on ne badine pas avec les animaux morts ! Voilà peut-être pourquoi les taxidermistes n’ont pas la cote au cinéma. Citons en exemple le héros de “El Aura“, taxidermiste misanthrope (n’est-ce pas un pléonasme ?) échafaudant des plans de hold-up parfaits, ainsi que le bien nommé “Taxidermia“… et c’est à peu près tout.
Pourquoi refuser à la taxidermie le statut d’art à part entière ? Après tout, les “Körperwelten” de Gunther von Hagens ont connu un succès foudroyant, et les curieux se pressent au portillon des musées du monde entier pour y découvrir ossements et corps momifiés, alors que les musées d’histoire naturelle restent des havres de paix fréquentés avec parcimonie…
Il semblerait en effet que la mort des hommes fascine tandis que celle des animaux dégoûte. Sans doute que l’être humain ressent le besoin d’être rassuré au sujet de sa propre mortalité – et donc de la regarder bien en face – tout en détournant les yeux d’une réalité pourtant inéluctable : tous les animaux meurent un jour ou l’autre, et ce privilège n’est pas réservé aux seuls humains.
Du chat-chat à sa mémère dans “Mars Attacks” aux animaux plongés dans le formol par Damien Hirst via la taxidermie mécanique de Lisa Black ou les “Misfits” de Thomas Grünfeld, partiellement repris par Simian dans l’album “Chemistry is what we are” (dont la pochette et le livret font étrangement écho à ceux de “In the cold light of morning” de Dream City Film Club), la taxidermie est néanmoins présente à différents niveaux du monde artistique,
à commencer par la photo. Et, comme partout, il en faut pour tous les goûts.
Or, il n’est pas politiquement correct de représenter les animaux morts (même de mort naturelle et artistiquement empaillés), le droit de mourir étant visiblement l’apanage des humains. Cela ne justifie en rien la cruauté dont font preuve bon nombre d’artistes autoproclamés, mais puisque l’animal est déjà mort de toutes façons, pourquoi
ne pas lui rendre hommage en lui offrant une seconde vie au-dessus de la cheminée ? Quitte à le faire participer à d’étranges mises en scène, comme dans le livret qui accompagne les douceurs post-rock de Piano Magic sur “Low Birth Weight“, où chatons et rongeurs se retrouvent autour d’une tasse de thé ou à l’école par l’intermédiaire de l’artiste Walter Potter.
Car l’art n’est jamais qu’une question de points de vue – les goûts et les couleurs…
(et pour savoir ce que je pense du végétarisme, c’est par là…)
12 comments avril 14, 2009
Schizophrène, moi ?
Vous vous en doutiez : je ne suis pas une intello. J’en suis même tout le contraire.
Voilà qui explique peut-être l’absence de commentaires sur ce modeste blog, qu’en dites vous ?
Ou alors serait-ce l’absence de parti pris ?
Honnêtement, qui peut bien prendre au sérieux une pauvre fille qui, entre deux musiques de film, donne son avis sur des choses aussi éloignées les unes des autres que “A Cross the Universe” et “Don’t look now“, Beethoven et Datarock, “Dexter” et le théâtre de Bertolt Brecht, Hubert von Goisern et Underground Resistance, le porno “d’auteur” et les films de zombies ?
Schizophrène, moi ? Totalement !
Mais pas au sens clinique du terme.
D’ailleurs, vous étiez prévenus !
En fait, je crois que ce blog est atteint du syndrome “trop ou pas assez”. C’est un syndrome fort difficile à expliquer, mais je vais essayer quand même :
tour à tour, et selon les individus, on pourra le trouver trop
- frivole
- brouillon
- léger
- sérieux
- inconséquent
- individualiste
- éclectique
- pointu
- caustique
- superficiel
- impersonnel
ou pas assez
- frivole
- brouillon
- léger
- sérieux
- inconséquent
- individualiste
- éclectique
- pointu
- caustique
- superficiel
- impersonnel
Vous me suivez ?
Tout ça a beau être paradoxal (comme tout schizophrène qui se respecte), il me semble que c’est l’absence totale de parti pris qui veut ça – si ce n’est celui de ne pas vous imposer des tartines longues comme le bras. Voyez-vous, je ne suis qu’une petite scribouillarde passionnée de musique, de lecture, de cinéma (et encore, je ne vous parle ici ni de cuisine, ni de tricot – j’ai un autre endroit où le faire), et cet espace virtuel me sert de vaste fourre-tout (pour ne pas dire de vaste bordel) où répertorier en quelques phrases mes petits et grands coups de cœur. Alors, forcément, ce sera toujours “trop” ou “pas assez” puisque mes coups de cœur sont ce qu’ils sont : subjectifs, spontanés, parfois naïfs, rarement réfléchis, et ce ne sont jamais que des instantanés de mes goûts à un moment donné.
Ce que j’aime aujourd’hui ne me plaira peut-être plus demain (et vice versa), et j’aime bien savoir qu’il y a sur la toile un petit endroit où retrouver tout ça.
Quand je serai vieille, aigrie et couverte de l’urine de mes quatorze chats dans une maison toute bringuebalante, je me relirai peut-être en me disant : “Putain ! Qu’est-ce que j’ai pu me la pêter quand j’étais jeune !”.
Ou alors : “Sacré d’saint milliard de non di djû, j’aurais bien fait de réfléchir un peu avant de pondre des futilités pareilles !”. Et je me lèverai difficilement de ma chaise percée pour mettre un 33 tours de musique concrète…
Argghh !
4 comments février 10, 2009
Me, myself and I
Pour cette dernière de l’année, plutôt que de vous faire le coup des titres qui ont tourné en boucle chez moi (une lecture attentive de ce blog vous aura sans doute mis la puce à l’oreille…), je préfère répondre à l’appel d’Ada et vous sers, par ordre alphabétique de leurs interprètes, cinq chansons dans lesquelles je me reconnais + LA chanson d’amour.
Exercice trivial et pourtant bien moins aisé qu’il n’y paraît…
Fiona Apple, “Extraordinary Machine“
parce que je suis comme ça.
Depeche Mode, “Home“
parce que je reviens de loin et que j’ai été bien entourée.
Dit Terzi, “Les myosotis”
parce qu’elle a l’art de la métaphore.
The Mighty Bop feat. E.J.M., “Freestyle linguistique”
parce que je suis trilingue et que ce blog doit son nom à cette chanson.
parce que c’est bien vrai !
…et LA chanson d’amour :
(attention ! l’extrait est tiré du film “Trainspotting” et débute sur une intraveineuse en gros plan…)
parce que l’amour peut avoir différents visages et que je me suis toujours demandée pour qui il l’avait écrite.
Sans oublier toutes les chansons que j’ai écrites au fil des ans pour les uns, pour les autres et pour moi-même…
Bonne année, bonne santé, et à la semaine l’année prochaine !
2 comments décembre 29, 2008
