Kiné-Police

mai 27, 2008 at 9:37 4 commentaires

J’ai appris hier que le groupe Kinépolis s’apprête à ouvrir une chasse aux pirates. Rien à voir avec Johnny Depp et ses potes, non, non, mais avec les vilains copieurs de films.

Concrètement, tout appareil enregistreur de son et/ou d’image sera interdit dans les salles (appareil photos inclus). D’autre part, une bande annonce visant à « sensibiliser » le public sera diffusée avant chaque film. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à croire que cette bande annonce viserait à lui faire peur, mais bon…

Jusque là, rien de bien grave, et d’ailleurs, je m’en bats l’oeil : je ne fréquente pas les salles du groupe Kinépolis. J’avoue même trouver cela assez drôle, car s’ils mettent sérieusement leur règlement en pratique, il n’y aura bientôt plus de GSM dans les salles puisqu’ils font presque tous fonction d’appareil photo et/ou d’enregistreur MP3 en plus de leur fonction initiale.

Non, ce qui me dérange, c’est l’appel à la délation qui est lancé en parallèle : un numéro de SMS invite quiconque aurait des soupçons à balancer son voisin.

Ça me fait penser à une époque pas si lointaine où de braves-gens-bien-comme-il-faut passaient pour des citoyens exemplaires s’ils dénonçaient, au choix, des juifs, des homosexuels, des handicapés, ou tout ça à la fois.

Ce qui me dérange également, c’est l’amalgame qui est fait entre « copieur » et « pirate ». Ou s’arrête la copie privée, ou commence le piratage ?

Quand on travaille à La Médiathèque, c’est une question qui revient régulièrement dans la bouche des membres et qui est d’autant plus délicate que la législation semble vague. Sans parler de « vide juridique », j’ai l’impression toutefois que les condamnations se font souvent au cas par cas, selon la gueule (ou plutôt le porte-feuilles) du client. Je ne vais pas vous donner d’exemple : la presse en est pleine.

On le sait : l’industrie du disque va mal et est suivie de près par celle du cinéma qui commence à souffrir sérieusement de la mise en ligne de films avant leur sortie en salle.

Pourtant, internet reste un fabuleux outil pour celles et ceux qui ont décidé (parfois par la force des choses) de pratiquer leur art en dehors des sentiers battus. Un outil de promotion, pour commencer, et parfois un formidable tremplin vers la gloire. De plus en plus d’artistes se font remarquer grâce à leur site, qui leur permet de faire circuler leur créations et, de fil en aiguille, de créer des liens professionnels plus ou moins solides. Plus personne n’est dupe : on ne gagne pas sa vie en vendant son art. C’est dans les chemins de traverse qu’il convient dorénavant d’évoluer si l’on veut durer. La Star Academy et autres formats préfabriqués ne sont que des feux de paille, ce qui, en soi, est rassurant. Et Pascal Nègre m’a bien fait rigoler, il y a quelques années, lorsque, au cours du sacre de Jennifer, il a déclaré (à peu de choses près) : « Et oui, c’est tout un travail d’être artiste : nos candidats ont bossé dur pendant six semaines ! ».

C’est donc tout ce qu’il faut à ses yeux pour acquérir l’assurance et la maturité nécessaires à ce métier ? Six semaines et beaucoup de fric ?

Selon un vieux proverbe allemand, le besoin rend créatif. S’entourer d’une armée de professionnels dans les meilleurs studios du monde n’a jamais rendu personne plus inspiré.

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Entry filed under: En vrac.

Beaucoup de bruit pour rien L’âge d’or

4 commentaires

  • 1. jerohm  |  mai 27, 2008 à 6:57

    « La gratuité de la culture. »

    – Et une utopie à la 4 robert !

  • 2. Fred  |  juin 12, 2008 à 11:42

    Mais tu ne nous dis pas si le SMS dénonciateur devra être envoyer à partir de la salle avec le GSM qui sera interdit d’entrée…

    Sinon on parle beaucoup (trop) de délation comme re-nouvelle méthode actuellement. Cette solution-réponse revient fort à la mode dans les institutions et autres services privés. C’est effectivement très dangereux comme dérive. Et ce n’est certainement pas un acte citoyen comme on voudrait nous le faire croire.

  • 3. Mademoiselle Catherine  |  juin 12, 2008 à 2:00

    Encore faudrait-il définir l’expression « acte citoyen »…

  • 4. Fred  |  juin 12, 2008 à 7:25

    effectivement,
    à nouveau un discour-phénomène très contemporain


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