L’homme sans émotions

juillet 17, 2008 at 12:35 2 commentaires

Dans le genre psychotique de télévision, Showtime a fait plus fort que Monk et Dr. House réunis : Dexter.

Michael C. Hall (qu’on avait vu dans Six Feet Under) lui prête sa bouille de gamin mal dégrossi, et on est prêt à lui donner le bon Dieu sans confession. C’est bien simple : il est le gendre idéal ! Trentenaire discret, poli et sympathique, bonne situation (médecin légiste à la police de Miami, il s’est spécialisé – est-ce un hasard ? – dans les projections de sang), bonne présentation, un appartement impeccablement rangé, il n’en traîne pas moins quelques casserolles, et des grosses. Trouvé sur les lieux d’un crime à l’âge de trois ans, Dexter finit par être adopté par le policier qui l’a découvert.

Un bon flic, ce Harry ! Quand il se rend compte que son fils adoptif a des pulsion… comment dire… « malsaines », il lui apprend à les canaliser. Pour faire court : Dexter Morgan est un authentique tueur en série, mais, attention ! un tueur en série politiquement correct qui ne tue que les personnes qui l’ont bien mérité – en gros, les violeurs, tueurs, pédophiles, veuves noires et autres récidivistes pour fautes graves. Un justicier de l’ombre.

Ce qui est fascinant dans la psychologie du personnage (un cas d’étude, je vous dis !), c’est qu’il est totalement dénué d’émotions. Rien, nada, nothing ! Il a une vie sociale, une soeur qui l’adore, et même une petite amie (because she is, in her own way, as damaged as me *), mais il est complètement vide à l’intérieur. Et en dehors de son père adoptif, mort et enterré depuis dix ans, nul n’est au courant de sa double vie. Un Dr. Jekyll & Mr. Hyde des temps modernes.

Cela dit, ce n’est pas parce qu’il n’a pas d’émotions qu’il n’a pas de morale, et il en profite pour la faire à ses victimes lorsqu’il les « travaille » (parce qu’il ne se contente évidemment pas de les tuer vite fait, bien fait – ce serait tout de suite moins drôle).

Ce personnage aussi étrange qu’étonnant n’est pourtant pas l’unique raison de regarder et d’apprécier Dexter : à côté de lui gravite toute une série de personnages plus ou moins attachants auxquels scénaristes et acteurs ont su donner une dimension qui va bien au-delà du simple rôle secondaire. Nous avons Debra, la soeur de Dexter, campée par l’épatante Jennifer Carpenter (L’exorcisme d’Emily Rose), jeune recrue survoltée de la police criminelle, Rita, la petite amie douce et fragile, jeune mère au passé douloureux, ainsi qu’une ribambelle de flics, du plus sympathique (le latino Angel) au plus désagréable (le suspicieux Doakes, la peau de vache Laguerta), en passant par l’une ou l’autre bizarrerie, avec une mention spéciale au rat de laboratoire Vince Masuka. Le spectateur se délecte de la popote interne, privée et professionnelle, mais aussi des intrigues qui se croisent pour finalement se rejoindre.

Arrivé au milieu de la première saison, le suspense devient insoutenable, au point qu’on s’enfile les six derniers épisodes d’un coup (prévoyez les popcorns) !

Car, comme toute série policière qui se respecte, Dexter comporte un fil rouge, et même plusieurs (en vrac, un tueur en série redoutable qui joue à cache-cache avec Dexter, la vie sexuelle – inexistante – de Dexter et Rita, les problèmes conjugaux d’Angel et, puisqu’il fallait bien en arriver là, les efforts de Dexter pour faire revivre son passé et découvrir sa vie d’avant l’adoption). En sus, on a droit à une vision de Miami qui sort des clichés de carte postale (ni piscines, ni bimbos à gros seins – que du contraire !), à une réalisation soignée loin du format caméra-à-l’épaule qui semble être dans l’air du temps et même, ce qui est rare à la télévision, à des thèmes musicaux (signés Daniel Licht) d’une délicatesse à faire pâlir d’envie Jon Brion et Michael Andrews.

Pour faire court : Dexter est une série télévisée hautement addictive qui sort totalement des sentiers battus et la première à me faire vibrer depuis… euh… peut-être toujours.

Aux Etats-Unis, la troisième saison commence cet automne ; la première, quant à elle, touche à sa fin sur RTL-TVI, en attendant la sortie officielle en DVD.

Et elle sera, comme de bien entendu, à La Médiathèque !

A bon entendeur…

* Parce qu’elle est, à sa façon, aussi abimée que moi.

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L’après-guerre Une petite musique d’été

2 commentaires

  • 1. Ada  |  juillet 17, 2008 à 5:57

    J’en ai beaucoup entendu parler…mais jamais eu l’occasion de regarder. Sans doute repassera-t-il sur une autre chaine (française peut-être?) ?

    Il y a parfois tellement de choses à regarder ou du moins, que les « gens » me disent « Ouais, c’est super génial ». Un peu comme « Prison bièsse »…heu « Prison Break » (pardon pour les fans :-)). La première saison m’avait bien plu (et à mon compagnon aussi) mais je ne voyais ce que l’on pouvait de trouver de si génial à cette série. On a tout de même regardé la suite…et on a été très déçu; on a eu du mal à regarder la fin. On a enregistré la 3ème…on a regardé 3 épisodes…et je crois qu’on laissera ça comme ça.

    Il parait qu’il y a une 4ème ….pouh!

    Enfin, bon, les goûts et les couleurs…

    Donc, en gros, tu nous conseilles cette série … 🙂 Dès qu’elle repasse ou sort en DVD, je zieuterai!

  • 2. Mademoiselle Catherine  |  juillet 20, 2008 à 1:03

    Pour être sans télévision depuis 2001 (sans que ça ne me manque, d’ailleurs) et être consternée à chaque fois que je me retrouve devant un petit écran, je peux t’assurer que de me retrouver accro à une série TV est aussi miraculeux qu’inattendu !
    Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir testé l’une ou l’autre série soi-disant « indispensable » entre temps (comme « The Shield », « Six Feet Under » et même « Californication »), mais rien, je dis bien RIEN ne m’a scotché à ce point (pour peu que cela m’ait scotché tout court… )

    Là, je suis au milieu de la saison 2 et j’ai beaucoup de mal à me garder des épisodes « pour plus tard » (héhé… toujours aussi modérée, cette fille 😉 ).
    Donc, oui, oui, oui, une série à voir, assurément !


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