Jodels contemporains

septembre 22, 2008 at 11:00 3 commentaires

Avant tout, je tiens à préciser une chose qui a son importance : mes parents sont tombés amoureux de l’Autriche alors que j’étais une toute petite fille, et jusqu’à l’acquisition de ma première chaîne stéréo vers l’âge de 11 ans, la seule musique qui eut droit de cité dans notre foyer était celle provenant d’hommes jodelant dans leur patois et leurs culottes en cuir, accordéons et clarinettes à la main.

Autant vous dire que ces premières expériences musicales m’ont profondément traumatisées, au même titre que « L’incroyable Hulk » et le clip de « Thriller ». Si j’ai fini par exorciser mes peurs quant aux deux derniers, la musique traditionnelle autrichienne restait l’une des façons les plus efficaces de me torturer… jusqu’à ce que j’accompagne ma mère au concert que Hubert von Goisern a donné à Liège le 8 août dernier.

N’étant pas en situation de refuser l’invitation (le concert était gratuit et à deux pas de chez moi, et ça faisait longtemps que je n’avais pas passé une soirée avec ma mère, relation haine/amour entre mère et fille oblige), j’ai traîné mes pieds de plomb jusqu’à la péniche (le cargo, devrais-je dire) de l’artiste puisque, immense vedette dans son pays d’origine, il a été choisi par la ville de Linz pour la représenter en amont des festivités de la Ville culturelle européenne 2009.

Partie de Vienne en mai 2007, cette tournée vogue depuis sur les fleuves et rivières d’Europe, de la Mer Noire à la Mer du Nord, offrant au musicien et à ses camarades de jeu une infrastructure impressionnante et au public local de découvrir la face cachée d’une musique peu connue (et dans mon cas peu appréciée).

Moi qui m’attendais à bailler aux corneilles dès les premières notes, je me suis surprise à frétiller de la tête, à taper du pied, puis des mains pour finalement quitter ce concert le sourire aux lèvres.

Comme Ovidie m’a réconciliée avec le féminisme, Hubert von Goisern m’a réconcilié avec une musique qui me sortait par les trous de nez : réinventant carrément le genre, il plonge les traditionnels jodels, patois et accordéons au beau milieu d’une section basse-batterie-guitare tantôt blues, tantôt quasiment punk, sa voix puissante et roccailleuse, plus proche de Screamin’ Jay Hawkins que du générique de « Heidi », achevant d’enfoncer le clou. Autour de lui, huit musicien/nes en âge d’être ses enfants ou presque s’en donnent à coeur joie, avec une mention spéciale à la sautillante Maria Moling, choriste-percussionniste dont les jodels extraordinaires m’ont littéralement donnés la chair de poule (à MOI ! qui pourtant détestait ça).

À cela s’ajoute le fait que, loin d’être bête, Hubert von Goisern a ponctué son concert d’interventions bien senties, à la fois drôles et profondes, au sujet des différences culturelles, économiques et sociales au sein de notre grande Europe puisqu’il aura eu, en presque deux ans de tournée fluviale, l’occasion de rencontrer bon nombre de personnes aux quatre coins de l’Union.

Alors oui, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et tout comme qu’il me semble bête et méchant de dire « Je n’aime pas la musique électronique » (puisque le pluriel s’impose), je ne dirai plus jamais de mal de la musique (des musiques) autrichienne(s) !

Emettre ce type d’opinion, ma foi un peu radicale, revient à dire « Je n’aime pas les vêtements en coton » : on oublie qu’il y a toutes sortes de textures, de formes et de couleurs.

Jeff Mills n’est pas DJ Tiësto, et Hubert von Goisern n’est pas les Zillertaler Schürzenjäger.

Alors : me mettre au jodel ? Pourquoi pas… Et puis, ça fera plaisir à maman (et à Sunalee 🙂 ) !

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Entry filed under: En chair et en os.

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3 commentaires

  • 1. sunalee  |  septembre 22, 2008 à 2:02

    Je suis heureuse que le yodel ait pu te charmer finalement ! Je dois dire que les choses populaires autrichiennes, je ne les écoute pas beaucoup non plus mais le technique du yodel étant présente chez différents peuples et dans le monde entier, c’est un excellent prétexte pour découvrir des musiques.
    Dans le genre « mélangeant les genres », essaie aussi Erika Stucky (quand elle était petite, elle voulait devenir danseuse de hula-hop) et Stimmhorn. J’ai un bon souvenir aussi (quoique vague) de Tien-Shan Express (MU8605), qui mélangeait musiques suisses et d’Asie Centrale, un peu comme Stimmhorn et Hunn-Huur-Tu sur le dvd et cd Heimatklänge (MU8052 et TB3671).

  • 2. Mademoiselle Catherine  |  septembre 23, 2008 à 9:45

    Ah oui, « Heimatklänge », c’est vrai qu’on en a beaucoup parlé à La Médiathèque, et j’avoue que ça a titillé ma curiosité.

    Vu la profondeur de mon traumatisme, j’ai souvent tendance à oublier les jodels hors-Autriche, comme ceux de Slim Whitman.
    En tous cas, merci des conseils !

  • 3. alain dailleau  |  novembre 20, 2008 à 8:18

    bonjour «  »Jeune Fille ! et un grand Merci à toi de prendre sur ton temps pour écrire tous ces mots sur Hubert Von Goisern ; moi vois-tu je vis dans ma campagne à l’est de bordeaux aquitaine et ce soir j’ai passé deux heures à visionner Koa Hiatamadl etc etc je le connais depuis «  » »toujours » » » ? mais assurément depuis fort longtemps et je suis « tombé » sur ton site par hasard et ma fois , j’en suis ravis tu sait lorsque l’on écoute un hiatamadl et lorsque l’on « visionne » une vidéo c’est le jour et la nuit il faut voir pour comprendre !!! et puis si tu à le Grand Bonheur d’habiter en Allemagne ou j’ai vécu et tombé Amoureux de ce Pays Magnifique en lequel j’ai été reçu ………………….. il est certain que tu peux assister « facilement » à un concert et là je ne vais pas te « livrer mes émotions » sur ce « média » mais !!!allez Bonsoir Petite Fille et si par « hasard » tu reçois ces quelques mots soies assurée qu’ils sont le fruit d’un passionné inconditionnel mais dit-lui de nous sortir un album !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! c’est possible pour lui il le peux mais surtout avec Maria Moling «  » » » » » » » »
    merci et bonsoir


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