Fiche de lecture

octobre 14, 2008 at 9:35

Génération 69, Les trentenaires ne vous disent pas merci !

de Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier

Les effets pervers de Mai 68

Avec cet essai, les deux journalistes trentenaires livrent un ouvrage remarquable de drôlerie et de colère à peine dissimulée, en partant d’une question parfaitement légitime : que nous-ont concrètement légué les Soixante-Huitards à nous, jeunes adultes estampillés « bof génération » par nos aînés ?

Au fil des 180 pages de Génération 69, Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier développent un argumentaire solide, aussi méticuleux qu’inquiétant, rappelant aux trentenaires de France et d’ailleurs à quel point leur génération a été oubliée. Dur, dur, en effet, de se faire une place, aussi petite soit-elle, dans l’ombre de nos illustres prédécesseurs qui, contrairement à nous, ont tout vu, tout connu, tout essayé au cours de leur joli mois de mai. Face aux baby-boomers pétris d’assurance (et pourtant à la veille de la retraite), les (trop) discrets trentenaires font pâle figure, passant pour d’éternels enfants aux yeux de cette génération qui refuse de vieillir et donc de céder sa place.

Morceaux choisis :

Il faut reconnaître que malgré les belles promesse de papa-maman, pour nous, tout a plutôt mal commencé. Déjà, au collège ou au lycée […] on nous signifiait que les temps seraient durs, que les Trente Glorieuses étaient bien passées et que les CDD, les contrats à durée déterminée, seraient notre particularité. Nous serions, jusqu’à nouvel ordre, une génération à durée déterminée. Nous n’avons jamais eu de métier. Jamais de statut. (p. 14-15)

« Le problème de votre génération, analyse le généticien Albert Jacquard, c’est qu’elle est oubliée, et cela, c’est pire que tout. Être haï, ce n’est pas bien plaisant, mais être oublié, c’est terrible ! » (p. 17)

Les vieux étaient persuadés que le monde était plus beau avant, ignorant que le monde n’y était pour rien, que c’était leur regard de jeunes qui le rendait beau, et qu’après eux d’autres regards neufs rendraient le monde toujours plus neuf. À condition de ne pas écraser le futur. (Maïa Mazaurette, extrait de Le pire est avenir cité en prélude du chapitre Jeunes pour l’éternité, p.49.)

Il y a trente ans, un fils gagnait à peine 20% de moins que son père. Aujourd’hui, à poste égal, l’écart est de 40%, constate le sociologue Louis Chauvel. […] Les trentenaires sont mieux formés, mais beaucoup moins bien payés : vous y comprenez quelque chose ? (p. 74)

 

Force d’arguments, de chiffres et de témoignages, les deux journalistes dressent un portrait doux-amer d’une génération désenchantée (air connu !), peu prise au sérieux par celle de ses parents.

Un livre à lire, à relire, à citer, à offrir, même s’il n’apporte que bien peu de réponses, si ce n’est une lueur d’espoir.

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Une petite musique de rien Bienvenue…


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