Lost in translation

novembre 17, 2008 at 11:12 2 commentaires

La traduction est un art hautement délicat… et parfois malheureux, comme c’est le cas des sous-titres français du magnifique film allemand « Die Fälscher » (« Les faussaires »). C’est dommage, car celui-ci n’a pas volé son Oscar du meilleur film étranger : en dehors d’effets de zoom trop nombreux à mon goût, cette histoire de faussaires du IIIe Reich est porté par des acteurs formidables, remarquables de justesse.

Car là où certains parlent des camps de concentration en appuyant à outrance sur les glandes lacrymales du spectateur, le réalisateur Stefan Ruzowitzky distille l’émotion au compte-gouttes et prend soin de ne jamais trop s’éloigner de son sujet : un petit groupe de prisonniers triés sur le volet, « privilégiés » (nourris et logés décemment, car précieux) chargés de concevoir et d’imprimer à grande échelle des devises étrangères destinées à affaiblir l’économie des forces alliées, avec, à sa tête, Salomon Sorowitsch (interprêté par Karl Markovics), expert en faux-monnayage.

 

die-falscher

Pour en revenir aux sous-titres (destinés à un mon homme), je fus choquée par un détail lorque mes yeux glissèrent dessus par hasard : le SS Friedrich Herzog (Devid Striesow) tutoie les prisonniers dans les sous-titres français, alors qu’il les vouvoie dans la version originale.

Pourquoi ce tutoiement ? Pour montrer à quel point les Nazis étaient des crapules, alors que le film regorge d’exemples d’humiliations gratuites et d’exécutions arbitraires ? Car il y a, dans la façon dont le haut gradé traîte Sorowitsch et ses confrères imprimeurs, une certaine forme de respect, de l’admiration en tous cas. Une certaine humanité qui ressort d’autant plus qu’elle s’exprime au beau milieu de l’exemple d’inhumanité le plus cru de l’Histoire.

 

Je ne sais pas ce qui a poussé l’équipe de traducteurs à faire cela, alors que le film, en de nombreuses occasions, glace le sang.

Je sais, par contre, que « Die Fälscher » est un film important, au même titre que « Das Leben der anderen » (« La vie des autres »), aussi, si vous le regarder, faites-moi plaisir : remplacer ce « tu » par « vous ». Ce n’est peut-être qu’un détail, mais un détail qui, je crois, a son importance.

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2 commentaires

  • 1. Florence  |  novembre 21, 2008 à 12:24

    Quel est le sous-titre original et traduit? Je ne le vois nulle part.

  • 2. Mademoiselle Catherine  |  novembre 21, 2008 à 1:28

    Je ne comprends pas très bien ce que tu veux dire par « sous-titre original et traduit »…

    A moins d’être bilingue, il est difficile de déceler ce type d’erreurs, or il y a effectivement une différence entre ce que les personnages disent en langue allemande et le texte qui apparaît en français.
    Je suppose que cela arrive souvent, dans toutes sortes de films et avec toutes sortes de langues. Je me souviens même d’avoir déjà eu une mauvaise note en classe parce que j’avais eu l’audace de lire « Le Liseur » de Schlink dans sa version originale (allemande) pour mon cours de français (!)… et qu’il y avait apparemment des différences de ton entre le texte original et la traduction.


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