La lutte continue

décembre 15, 2008 at 12:18 2 commentaires

Comme prévu, la nouvelle Sélec comprend dans sa version « papier » un extrait de mon article sur le collectif Underground Resistance (UR). Hélas, notre jardinier semble avoir eu un petit accident de tronçonneuse et a haché menu des parties importantes du texte, laissant au passage une astérisque qui ne renvoit à rien.

 

Aussi, comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, voici ma propre version courte, l’intégale étant en ligne ici :

 

 

Collectif tentaculaire (musique, graphisme, label, distribution…), Underground Resistance (UR) est un électron libre dans le monde de la techno : depuis sa création en 1989, le projet pluridisciplinaire lancé par « Mad » Mike Banks et Jeff Mills prône une totale indépendance artistique et financière.

Un extraordinaire bras d’honneur à la société de consommation !

 

Pour comprendre ce collectif pas comme les autres, un petit retour en arrière s’impose : suite aux émeutes de 1967 (43 morts, 467 blessés, plus de 2000 bâtiments détruits), de nombreuses voix accusèrent les habitants du centre-ville (majoritairement noirs) de l’exode des classes moyennes et supérieures (majoritairement blanches) vers les banlieues de Detroit.

Or, la fuite des classes aisées commença bien en amont des affrontements de 67 : dès le début des années 50, le gouvernement américain promut la construction de nouveaux quartiers aux abords des villes, avec des conséquences catastrophiques pour Detroit : le centre se vida complètement, ne comptant plus que quelque 900 000 habitants dans un espace prévu pour en accueillir le triple.

Dans le documentaire High Tech Soul,  le professeur Jerry Heron (Wayne State University, Detroit) rappelle que la « migration » fut loin d’être spontanée. Et aux anciens habitants de Detroit qui se demandent où est passée leur ville, il répond : « La ville est toujours là. Vous êtes peut-être partis, mais la ville, elle, n’a jamais bougé ! »

 

Un malheur n’arrivant jamais seul, le départ de la General Motors en 1972 donne à Detroit des allures de ville fantôme, mais la ville devient malgré tout – ou grâce à cela ? – un véritable vivier de talents : ses espaces vides donnent naissance à la techno dès le milieu des années 80 par le biais de ses trois pionniers (Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson) et en 1989, Mike Banks et Jeff Mills créent UR.

 

Bâti sur les cendres de la Motor City, UR suit une philosophie sans concessions : le créateur s’efface derrière la musique pour faire passer des messages forts, notamment à travers une identité visuelle qui fait partie intégrante de la démarche globale. Mike Banks résume : « Vous pouvez ne pas m’apprécier en tant qu’être humain, vous pouvez néanmoins apprécier ma musique en utilisant vos oreilles et non vos yeux » [1].

Premier groupe de Detroit à jouer de la techno en live, UR gagna vite en popularité au delà de sa ville et partit à la conquête des États-Unis et de l’Europe.

Dans la foulée, le groupe créa la maison de distribution Submerge.

 

Entièrement autonome artistiquement et financièrement, UR sert de nid aux jeunes créateurs : « dès qu’un artiste sait se tenir seul sur ses pieds, il est censé continuer son chemin et propager le message » [1]. Si les « vétérans » (Jeff Mills, Robert Hood, Drexciya, DJ Rolando…) restent accueillis à bras ouverts, ils sont priés de laisser leur place aux plus jeunes dès que leur notoriété leur permet de voler de leurs propres ailes.

 

En dehors de l’aspect artistique, le collectif s’est rendu indispensable à la ville de Detroit en créant de l’emploi et en s’impliquant au sein de la communauté, notamment par l’éducation musicale dans les écoles.

 

Black Panthers de la techno, UR n’a rien perdu de sa verve près de vingt ans après sa création et poursuit sa lutte face aux multinationales et à la musique de danse en conserves.

The struggle continues !

Long live the underground…

 

 

[1] propos entendus sur WDET en novembre 2004.

 

 

Pour en savoir plus :

www.undergroundresistance.com

www.submerge.com

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Entry filed under: Le son.

Bye Bye Bettie Bye Bye Derrick

2 commentaires

  • 1. lalignerouge  |  janvier 17, 2009 à 2:41

    Merci pour ton blog qui nous apprend plein de choses dans des domaines différents…
    Bonne continuation

  • 2. Mademoiselle Catherine  |  janvier 20, 2009 à 11:49

    Merci à toi pour le soutien moral…
    Ce blog manque désespérément de commentaires 😦
    Avis aux amateurs !


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