Le droit de ressentir en paix

juillet 10, 2009 at 3:12 1 commentaire

Avant toute chose, je tiens à préciser une chose : je ne fais pas partie des défenseur du volume maximum dans les concerts de rock, que du contraire – traînant un acouphène depuis l’âge de quinze ans (suite à un concert de rock, comme de bien entendu), j’ai toujours sur moi une paire de protections auditives afin de préserver le peu qui me reste de l’un de mes biens les plus précieux.

Voilà qui est dit. Passons aux choses sérieuses : j’ai eu le plaisir de revoir Mogwai hier soir, chefs de file du post-rock et du volume sonore littéralement assourdissant, dans le cadre du festival des Ardentes.

Concernant le combo écossais, je suis pourtant d’une indulgence particulière, car un concert de Mogwai est avant tout une expérience sensorielle qui met tout le corps en éveil – l’ouïe, bien sûr, mais aussi la vue force de jeux de lumières intenses et, surtout, le toucher, car les murs du son élaborés par le quintet de Glasgow sont palpables au sens propre du terme : les basses chatouillent les pieds, s’insinuant jusque dans les moindres recoins de l’anatomie, au point que même un aveugle sourd y trouverait son compte !

Cela dit, je me dois néanmoins de déplorer le manque d’information donné aux festivaliers, dont bon nombre découvrait le groupe et a dû se coucher (et se réveiller) avec de sérieux problèmes d’oreilles.

Car un show de Mogwaï est, à mon sens, peu adapté au cadre d’un festival : pour y avoir assisté en salle il y a plusieurs années, je savais à quoi m’attendre, ce qui n’était pas le cas d’une grande majorité des spectateurs (qui n’assisteraient probablement pas à un concert de Mogwai hors festival et dont une partie ne semblait d’ailleurs guère l’apprécier plus que ça). Et plutôt que de décoller des premiers rangs (tout en se serrant la tête à deux mains pour créer l’illusion qu’il ne seront pas sourds le lendemain… j’attends de voir), ils préferaient rester plantés là, sans doute pour pouvoir dire à leur potes qu’ils étaient tout devant…

Du coup, je suis allée m’asseoir sur la plateforme des chaises roulantes où j’ai pu comater en paix (oui, la musique de Mogwai me fait toujours cet effet-là). Et, finalement, j’ai passé un excellent moment !

Il n’y a rien de plus énervant pour un spectateur qui cherche à ressentir un concert que d’être entouré de gros lourds qui discutent en hurlant, renversent leur bière ou ont juste l’air de se faire chier. Je préfère encore les gens qui dansent, comme ces deux gars visiblement émechés qui dandinaient furieusement du postérieur pendant la prestation d’Alice Russell plus tôt dans la journée.

Je ne m’attends évidemment pas à ce que tout le monde soit hypnotisé comme moi (je ne le souhaite d’ailleurs à personne !), mais je commence à me dire que j’ai peut-être passé l’âge des festivals… Moi qui suis pourtant ravie d’en avoir un de qualité devant ma porte (ce qui me permet de dormir chaque soir dans mon lit douillet sans avoir à supporter les afters dans la boue et les joueurs de djembé), je suis déjà en train de me demander si j’y retournerai l’année prochaine 😦

Car pour moi, un festival reste avant tout une formidable occasion de découvrir de nouveaux talents (premier coup de coeur de ces Ardentes 2009 : les Américains de Why?) ou d’aller voir des artistes pour lesquels je ne me serais sans doute pas déplacée exprès (je pense entre autres à Thomas Fersen – magnifique – que je voyais pour la première fois, Madcon ou Julien Doré). Mais je n’y vais ni pour boire ni pour me passer d’hygiène corporelle pendant quatre jours. Je profite bien sûr aussi du côté festif et du plaisir de partager ces moments avec des personnes que j’apprécie, mais je ne vais certainement pas aux Ardentes pour dire que j’y étais : j’y vais parce que la programmation éclectique me parle et que, accessoirement, ça se passe tout près de chez moi.

Peut-être suis-je un peu snob ou réactionnaire, je n’en sais rien.

Toujours est-il que je vais voir des concerts en salle et en festival depuis l’âge de quatorze ans et que ce n’est pas près de changer, même si, parfois, je m’attends à un peu plus de respect… et ce n’est pas très différent dans les autres domaines de la vie.

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Entry filed under: En chair et en os.

Une petite musique de film : Doubt Les Ardentes 2009

Un commentaire

  • 1. dr frankNfurter  |  juillet 12, 2009 à 12:43

    oui c’est vrai que les écossais aiment bien se cacher derrière un mur de décibels… on peut comprendre l’envie d’être à l’écart pour apprécier ce vrombissement alors 😉


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