77, année visionnaire

septembre 17, 2009 at 12:06 18 commentaires

J’imagine que peu de gens me contrediront si je clâme haut et fort que 1977 fut un excellent millésime : non seulement, l’année vit naître des personnes à la beauté, à l’intelligence et au charme inégalés (modestie, quand tu nous tiens !), mais surtout, ces douze petits mois regorgent de chef d’œuvres musicaux.

Face aux Sex Pistols et à l’avènement du punk, une nouvelle vague déferle lentement mais sûrement sur l’Europe. Si l’Angleterre reste le berceau de la new wave dans l’inconscient collectif, c’est en Allemagne, et plus précisément à Berlin, que se joue l’avenir musical en cette année 1977 : neuf mois après Low, David Bowie sort « Heroes«  (toujours entre guillemets), enregistré comme son prédécésseur au désormais mythique Hansa Tonstudio – studio qui deviendra quelques années plus tard la seconde maison du label Mute puisque, de Diamanda Galás à Nick Cave and The Bad Seeds via Einstürzende Neubauten, bon nombre d’artistes sont passés par là pour offrir au label la réputation qui fut la sienne dans les années 80.

Fraichement débarqué à Berlin après avoir quitté la pissotière du monde (sic) qu’est Los Angeles à l’automne 1976, David Bowie se passionne pour le Bauhaus, le cinéma expressionniste et l’architecture mégalomaniaque d’Albert Speer. La ville l’écrase, la ville l’inspire. Sous la froideur apparente de sa pochette en noir et blanc, « Heroes » doit énormément aux ambiances de Brian Eno, à la guitare de Robert Fripp et à la production du fidèle Tony Visconti qui confèrent à l’ensemble une richesse et une densité remarquables. Bien sûr, on est loin de l’effet de surprise de Low, mais ce deuxième volet de la trilogie berlinoise (clôturée en 1979 avec Lodger qui est, en toute honnêteté, mon préféré des trois) installe la réputation de visionnaire du Thin White Duke. Rengaines rock (Beauty and the Beast, Joe the Lion, Blackout) côtoient instrumentaux ambient (Sense of Doubt, Moss Garden et Neuköln auquel les Berlinois pardonneront l’absence du double-L dans le nom de leur quartier), tandis que le morceau-titre sera traduit en allemand avec un accent des plus étranges (et plus tard dans un français approximatif) pour l’adaptation cinématographique de Christiane F. – Wir Kinder vom Bahnhof Zoo dans laquelle Bowie apparait as himself.

Comme à son habitude, maître Bowie passe du coq à l’âne sans se soucier du qu’en-dira-t-on et offre avec cet album un opus aussi pointu que facile d’accès, éclectique et néanmoins parfaitement homogène. Aussi, je tiens à remercier blingkinglights, initiateur du David Bowie Blog Tour, qui m’a permis de m’y replonger avec plaisir puisque, ayant grandi avec le pire (bien que je garde une tendresse particulière pour Labyrinth – le film comme la b.o. – ainsi que pour le single Jump They Say qui fit étrangement écho à mon histoire personnelle au printemps 1993), j’ai bien failli passer à côté du meilleur, même si Earthling (1997) et Heathen (2002) m’avaient déjà donné l’envie de redécouvrir l’œuvre de cet artiste singulier qui aura durablement marqué son époque… et c’est pas fini !

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18 commentaires

  • 1. dr frankNfurter  |  septembre 17, 2009 à 2:30

    n’oublions pas le généralissime Outside de 1995, filiation directe de la trilogie berlinoise.

    Roh pis l’extrait de Christiane F. « Station to Station », mon titre préféré du Thin White Duke 🙂
    Note que c’est assez marrant ce faux extrait live car on peut y voir Robert Fripp sur scène, alors que justement, Fripp n’a jamais tourné avec Bowie (il me semble), préférant l’expérience studio (il fut ainsi remplacé en live par un « petit jeune » qu’on verra justement par la suite au sein de la seconde monture du King Crimson, le groupe de Fripp, Adrian Belew)

    En tout cas, bien jolie chronique 🙂
    C’est vrai qu’après Low, l’effet de surprise chez « Heroes » est moindre (pour une fois, j’oublie pas les guillemets… mais ai-je le choix? Sinon y’a mademoiselle Catherine qui va voir tout rouge :P). Toujours est-il que cet album, non comptant d’avoir le tube éponyme, permet d’approfondir un peu plus les ambiances de l’album précédent, même si on peut regretter l’absence de construction désordonnée de la face A de Low. En tout cas, comme on a pu me le faire remarquer, « Heroes » devrait plaire à ceux qui reprochaient à Low son manque d’ambiance anxiogène.

    PS: Je ne saurais dire si Lodger est mon préféré des 3, mais il est certain qu’il mérite une meilleure mise en lumière 😉 (ceci dit, je dois aussi admettre qu’il m’a demandé plus d’effort, j’étais sans doute trop imprégné des deux précédents LP)

  • 2. Mademoiselle Catherine  |  septembre 17, 2009 à 3:06

    Tu fais bien de parler de face A et B, car, avec l’arrivée du CD, des albums entiers se sont retrouvés complètement déstructurés, et je pense que « Heroes » tout comme « Low » en ont beaucoup souffert.

    Pour ce qui est de « Lodger », c’est clairement, à mon humble avis, le plus « tubesque » des trois, d’où l’accroche immédiate en ce qui me concerne: je suis paresseuse et j’aime bien qu’on me prenne par la main 🙂

    « Outside », bizarrement, j’ai jamais essayé… Il me reste tellement d’albums à découvrir – de Bowie comme d’autres. C’est le travail de toute une vie!

  • 3. dr frankNfurter  |  septembre 17, 2009 à 3:13

    je vais dire un truc maladroit, mais « Lodger » est plus pop, c’est sans doute pour ça que j’ai eu un peu de mal au début.

    Pour « Outside », je t’avouerai que je m’y suis mis sur le tard, étant donné qu’à sa sortie en 95, j’étais pas encore un Bowie addict. De plus, ayant reçu des critiques à sa sortie très disparates, je n’étais pas véritablement pressé de l’écouter… tout en sachant qu’il y avait « I’m deranged » (repris par Lynch comme tu le sais). Et puis, de retour de mon périple asiatique, je me suis mis à cet album: une claque (certes qqpeu roborative mais pour une fois, ça ne m’a pas le moins du monde deranged, alors qu’en général, je préfère les albums courts).

    PS: moi aussi j’aime bien l’année 1977 😉 😛

  • 4. Mademoiselle Catherine  |  septembre 17, 2009 à 3:51

    POP, c’est le mot en effet! Merci Docteur!

    Le problème d’Outside, c’est que je relie cet album à des personnes dont les goûts musicaux m’ont toujours semblés douteux (et là, je me rend compte que, sans le faire exprès, je suis en train de t’insulter, de même que probablement la moitié de mon lectorat*), et j’ai beaucoup de mal à lui accorder ma confiance…
    D’ailleurs, je n’ai jamais été fan de Lynch (même pas honte, d’abord!)

    (*que j’insulterai copieusement tant qu’il ne me laissera pas davantage de commentaires sur ce blog, bordel de bite!)

  • 5. dr frankNfurter  |  septembre 17, 2009 à 3:54

    disons que si tu n’aimes pas Nine Inch Nails, forcément « Outside »…

    PS: vu que ce blog devient grossier, et que je suis hypocritement pour la parité, je conclurai par un: bordel de chatte! lol

  • 6. Mademoiselle Catherine  |  septembre 17, 2009 à 4:17

    Pourtant j’aime bien Nine Inche Nails…
    Bon, je prends note !

  • 7. arbobo  |  septembre 17, 2009 à 4:26

    Outside c’est un sommet 🙂

    avec probablement les morceaux les plus brutaux de Bowie,
    lui qui n’avait jamais donné son meilleur dans ce registre, là il emboîte le pas à l’âpreté de Massive attack, enfin bon je m’arrête là avant de m’emballer tout à fait ^^

    Heroes aussi a un côté pop, un côté lyrique ou romantique si vous préférez,
    en fait c’est pas facile de parler de ce disque, qui a du être une sacré bombe à son époque.

    Et puis Christiane F, évidemment, évidemment, alors bon, je crois que tu as tout dit ^^

  • 8. Grisé  |  septembre 17, 2009 à 10:09

    Oeuvre plus sombre que Low, j’ai toujours eu un faible pour ce Heroes, acheté par hasard en Angleterre lors d’un voyage scolaire au début des années 80. Pour moi, ce fut véritablement un choc, n’ayant jusque-là connu de Bowie que les tubes de la période glam et Scary Monsters, son disque de 1980.

  • 9. Xavier  |  septembre 17, 2009 à 11:23

    Merci à toi pour cette belle participation, nous disons à peu près la meme chose mais ton article est mieux écrit et plus instructif. Je ne connais pas Christiane F., je vais aller découvrir ca dès que j’ai le temps…
    Là où je suis le plus d’accord avec toi, c’est quand tu parles de l’année 1977. J’en conclue que nous avons le meme age 😉

  • 10. Xavier  |  septembre 17, 2009 à 11:25

    Bordel de cul, mon précédent commentaire n’a pas l’air d’etre passé !!

  • 11. Christophe  |  septembre 19, 2009 à 11:58

    Ce billet est nul.

    Quand on a les mots et la délicatesse si justes pour décrire exactement comment je ressens « Heroes » (mon préféré des 3 aujourd’hui, même si comme beaucoup Lodger m’a attrappé plus rapidement), quand on a donc une telle pertinence, on en tartine encore des pages et on n’arrête pas aussi rapidement ! ^^

    Eh bien je vais aller me rassasier de ma frustration en lisant d’autres pages de ce site que je découvre avec plaisir (et frustration, donc).

  • 12. Mademoiselle Catherine  |  septembre 21, 2009 à 10:18

    Bienvenue au nouveaux lecteurs 🙂
    Comme quoi, le David Bowie Blog Tour, c’est tout bon!

    arbobo: J’ai finalement écouté « Outside » et ne sais pas encore trop que penser…
    (Cela dit, petite note au passage pour dr f., côté b.o., c’est avec « The Motel » qu’il fallait me mettre l’eau à la bouche, car « Intimité » reste un de mes films préférés au monde. Et sa b.o. est magique!)
    A vrai dire, je suis un peu restée sur ma faim. Sans doute parce que cet album ne se dévoile pas à la première écoute… Je préfère tout de même l’énergie brute d’Earthling.

    Grisé: L’ayant découvert bien après d’autres chocs auditifs, je ne peux pas vraiment dire que « Heroes » m’ait retourné la tête, mais il reste, pour moi, un excellent album.

    Christophe: Désolée de te décevoir! Tu ne trouveras pas beaucoup de loOongs textes ici pour la simple et bonne raison que j’ai beaucoup de mal à pisser la copie quand il s’agit d’un truc aussi subjectif que les arts et la culture.
    Me pardonnes-tu?

  • 13. Mademoiselle Catherine  |  septembre 21, 2009 à 3:19

    Xavier: Bordel de quéquette, tes commentaires ont atterri dans les spams… Voilà qui est réglé.
    Merci à toi pour cette belle opportunité, et merci pour les fleurs!

  • 14. Christophe  |  septembre 22, 2009 à 7:44

    pardon accordé ^^

  • 15. Mademoiselle Catherine  |  octobre 6, 2009 à 3:58

    Pour revenir à Outside, je dois avouer que cet album me déçoit. Il a un côté trop machinal à mon goût, et Bowie a beau dire qu’il s’est laissé inspirer par les Young Gods, je trouve qu’il en est loin (et moi d’inverser le « o » et le « i » de « loin » dans un lapsus ma foi fort sympathique)…

    Sans doute ne suis-je simplement pas dans la cible… et je me permettrai même de paraphraser Laiezza qui qualifie Outside d’album préféré de tous les snobs 😉

    >>> http://l115thdream.canalblog.com/archives/2009/09/15/15018110.html

  • 16. dr frankNfurter  |  octobre 6, 2009 à 4:20

    C’est pas comme ça que Christophe va te pardonner de nouveau 😛

  • 17. Mademoiselle Catherine  |  octobre 8, 2009 à 1:20

    Il me pardonnera au plus tard quand j’aurai publié ma Petite musique de film sur The Buddha of Suburbia 😉

  • 18. Jayce  |  juillet 29, 2010 à 12:01

    ahha je vois maintenant pourquoi elle te plait bien cette année !! ;0)…


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