Règlements de comptes en famille

décembre 21, 2009 at 10:27

Écrit et réalisé par Tamara Jenkins, The Savages est l’un des secrets les mieux gardés du cinéma indépendant américain récent. Sorti en 2007, le film met en scène Wendy et Jon, un frère et une sœur qui se retrouvent confrontés aux dures réalités de la vie à travers un père qui commence à se faire vieux et, accessoirement, à délirer complètement. À la mort de sa compagne, le vieil homme se fait éjecter comme un malpropre de ce paradis pour retraités qu’est Sun City pour être pris en charge tant bien que mal par des enfants qu’il a lâchement abandonnés vingt ans plus tôt.

Si le film peut sembler peu glamour sur le papier, cette tranche de vie pénible à première vue est rendue délicieuse par des dialogues truffés d’humour et l’usage intelligent de certains clichés démontrant à quel point les sociétés occidentales aiment à « ghettoiser » le troisième âge sous couvert de bien-être. Reliée par l’image du père, cette fratrie que tout oppose sonne d’autant plus juste que la réalisatrice a eu la brillante idée de réunir à l’écran deux des meilleurs acteurs contemporains : Laura Linney et Philip Seymour Hoffman sont parfaits en frère et sœur tentant de reconstruire entre eux et leur père un semblant d’intimité, multipliant les maladresses en voulant bien faire. Il est aussi pragmatique qu’elle est sentimentale, mais aucun des deux ne se sent vraiment à la hauteur de la situation.

Évitant le piège du drame familial larmoyant, Tamara Jenkins a signé avec The Savages un film universel et drôle qui éclaire différentes facettes de ses personnages sans pour autant tomber dans le portrait psychologique : comme Bertolt Brecht, elle privilégie la narration à l’intrigue, et ce n’est certainement pas pour rien que le personnage de Jon, professeur de philosophie, s’est spécialisé dans l’étude du dramaturge allemand.

Pour les mélomanes, il convient de mentionner la présence de Stephen Trask (Hedwig and the Angry Inch) aux commandes musicales – une présence discrète et néanmoins indispensable rehaussée par quelques emprunts chez Peggy Lee, Lotte Lenya ou The Kinks.

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Une petite musique de film : Clean Bye Bye Brittany


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