Diamond Dogs : peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse

décembre 29, 2009 at 5:45 4 commentaires

Les fidèles le savent : j’ai une tendance à la monomanie extrêmement énervante pour mon entourage (ceci expliquant sans doute pourquoi j’ai si peu d’amis), et pourtant, personne ne m’a fait de remarque quand j’ai annoncé que je remettais le couvert pour une seconde pioche au David Bowie Blog Tour. J’imagine que lorsqu’il s’agit d’un artiste aussi protéiforme, la monomanie n’existe pas puisque l’on peut complètement changer d’univers d’un album à l’autre.

J’avoue que pour ce deuxième tour, les bandes originales de The Buddha of Suburbia ou Christiane F. m’auraient bien arrangées, mais le destin nommé Xavier en a décidé autrement : ce sera Diamond Dogs (1974), un des albums du Thin White Duke sur lesquels je ne m’étais jamais penchée. C’est donc avec beaucoup de retard que je me mets au travail, car un détail aussi simple que futile avait tendance à me freiner : un homme-chien orangé posant langoureusement avec deux femmes-chiennes bleues et obèses sur une pochette de disque ne peut définitivement pas être de bon augure. Et pourtant, cette hideuse peinture signée Guy Peelaert (paix à son âme) renferme un diamant brut qui, très étrangement, passe souvent pour un album dispensable, probablement parce qu’il affiche un côté ouvertement brouillon, où le musicien devenu pour l’occasion Halloween Jack multiplie les influences, de l’intro mystique (Future Legend) au rock bien crasse façon Iggy & The Stooges (Diamond Dogs, le single Rebel Rebel) en passant par la ballade rock de belle facture (Sweet Thing, We Are The Dead), les envolées frénético-lyriques (Candidate repris 27 ans plus tard sur la superbe bande originale du non moins superbe Intimité de Patrice Chéreau, Chant of the Ever Circling Skeletal Family) et l’emprunt littéraire teinté de Philly Sound, présageant le Bowie futur (1984).

Il est important de rappeler que Diamond Dogs marque un tournant décisif dans la carrière de Bowie : après s’être séparé des Spiders from Mars – et plus particulièrement du guitariste Mick Ronson – après le médiocre Pin Ups (1973), David Bowie s’envole ici en solo ou presque. Entouré de Mike Garson aux claviers, Herbie Flowers à la basse et Aynsley Dunbar à la batterie, Bowie se charge lui-même – et très convenablement – de tous les autres instruments (voix, saxophones omniprésents, moog, mellotron et guitares, à une exception près : le titre 1984 interprêté par le guitariste Alan Parker).

Après l’aventure Ziggy Stardust et avant le Thin White Duke de Station To Station, Diamond Dogs est un album de transition et de transformation. Il marque le début d’une réelle émancipation artistique, même si Bowie continuera au fil des ans de savoir très bien s’entourer, que ce soit de Brian Eno pour sa trilogie berlinoise ou – et je vous entends déjà crier – Nile Rodgers de Chic pour Let’s Dance, album violemment décrié par les puristes mais sans doute le plus gros succès commercial du bonhomme.

Et pour clôturer, voici quelques images qui bougent du dit bonhomme à l’oeuvre…

Bonne année à tou/tes !

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2009 : le bilan Des images qui bougent : Do You Take This Man ?

4 commentaires

  • 1. Xavier  |  décembre 31, 2009 à 2:04

    ca y est, je t’ai rejointe, je peux enfin lire ton article!
    très bon d’ailleurs, surtout pour quelqu’un qui découvre l’album pour ce Bowie Tour.
    Effectivement, j’ai aussi parlé d’album de transition, et du coté brouillon (pour moi sur la deuxième partie de l’album).
    je pensais etre plus sévère avec l’album, mais il se révèle au fil des écoutes, et comme tu le dis il est loin d’etre dispensable.
    bon, merci pour cet article, je te quitte je vais regarder dans le dico ce qu’est un monomaniaque…

  • 2. Bouh!  |  décembre 31, 2009 à 4:52

    Contrairement à toi j’apprécie particulièrement cette peinture hideuse que je trouve terriblement sexuelle… mais c’est juste un point de vue 😉
    Pour ce qui est de la discographie du Thin White Duke, je pense que le monsieur a toujours (trop) bien su s’entourer. Dur, dur de faire de mauvais disque quand on a l’armada de l’avant garde à ses côtés. Et quand celle-ci est absente, ben, on sort un truc du genre « Tonight » ou on monte un groupe genre « Tin Machine ». Mais je ne cacherais jamais que j’aime, malgré tout, Bowie. Comme je ne crache pas sur un mauvais Rolling Stones 😉

  • 3. Mademoiselle Catherine  |  décembre 31, 2009 à 7:57

    Xavier: Les grands esprits se rencontrent, en effet.
    Encore désolée d’avoir autant traîné et de ne t’avoir prévenu de la publication qu’en dernière minute… Beaucoup de boulot, et puis, finalement, des congés et puis *pouf* l’inspiration me tombant dessus pour enfin rédiger ma bafouille.
    Une belle découverte, en tous cas. Merci 🙂

    Bouh!: Je te laisse la pochette avec plaisir si tu me permets de repartir avec son contenu!
    Pour ce qui est de l’enourage, je pense ue c’est ce qui fait la grande différence entre un artiste et un « simple » interprète: les uns font des choix parfois risqués afin de suivre ce qui leur semble être le bon chemin (qui n’est pas forcément le plus court, comme c’est généralement le cas de Bowie), tandis que les autres s’adaptent au moule plus ou moins imposé – par un producteur, les médias ou leur propre passé artistique. Aussi, je trouve que même « Let’s Dance » contient une part de risque, en tous les cas venant d’un artiste souvent considéré comme « visionnaire ».
    Quant aux Stones, je te les laisse avec le même plaisir que je te laisse la pochette de « Diamond Dogs » et m’en vais écouter un bon petit Kinks 😉

  • 4. dr frankNfurter  |  janvier 5, 2010 à 11:48

    Je suis mon confrère Xavier, la deuxième partie de l’album tient difficilement la route.
    Pas un mauvais album en soit, sinon inutile en tout cas dispensable. Dommage car il y avait qq bonnes choses, mais trop dispersées et surtout un album en bout de course, Bowie a besoin de changement.


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