It’s only rock’n’roll ?

mai 17, 2010 at 9:43 10 commentaires

(ce texte est initialement paru sur mon autre blog le 4 novembre 2008, et j’ai eu envie de l’adapter suite au récent passage de Black Rebel Motorcycle Club aux Nuits Botanique…)

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Ils m’énervent, ces gars (et ces filles aussi) qui soutiennent mordicus que la drogue, l’alcool et autres substances rendent créatif.

De qui se moque-t-on ?

Évidemment, ils sont persuadés du bien fondé de leurs propos, mais il y a une chose qui semble leur échapper : les « substances » (utilisons ce terme générique) désinhibent. Du coup, ils se croient plus créatifs quand ils sont pêtés, et ce n’est jamais qu’une impression. C’est juste qu’ils sont trop coincés tout le reste du temps pour faire tout ce qu’il font une fois défoncés, comme s’ils devenaient alors quelqu’un d’autre, quelqu’un de grand, de fort, d’intelligent et d’hyper-talentueux.

Et bien non, en fait : c’est toujours la même personne, sauf qu’elle laisse libre cours à son imagination.

Avant que vous ne me traitiez d’horrible réactionnaire et ne me citiez en exemple Jim Morrison et Jimi Hendrix, laissez-moi vous rappeler qu’ils sont morts (très !) jeunes et que nul ne sait ce qu’ils auraient fait sans la came. On pourrait spéculer ad vitam aeternam – on n’en sait rien !

Alors oui, peut-être que ma théorie ne tient pas la route puisque je ne suis pas dans la confidence des grands artistes et que je n’ai aucune preuve de ce que j’avance.

Soit. Tout ce que je sais, c’est que les substances agissent sur le corps et l’esprit, pouvant créer une illusion de liberté et de toute-puissance qui aura éventuellement des répercussions sur le processus créatif. Ceci dit, vous vous êtes déjà relu après avoir écrit sous l’effet de l’alcool ?

Et vous êtes-vous demandés combien de talents se sont perdus dans cette spirale infernale ? Allez, juste quelques noms tirés au hasard de la rubrique nécrologique : Billie Holiday  (1915-1959), Jack Kerouac (1922-1969), Jimi Hendrix (1942-1970), Janis Joplin (1943-1970), Jim Morrison (1943-1971), Elvis Presley (1935-1977), Chet Baker (1929-1988), River Phoenix (1970-1993), Heath Ledger (1979-2008)… et je m’étonne que Shaun Ryder soit toujours en vie.

Quant aux abus de Pete Doherty et d’Amy Winehouse, on ne peut pas dire qu’ils leurs aient étés bénéfiques, si ce n’est pour faire la une de la presse.

Keith Richards ? Ne me faites pas rire : ça fait quarante ans qu’il fait la même chose !

Et j’ai toujours trouvé Charles Bukowski parfaitement pitoyable !

Non seulement, les substances ne rendent pas créatifs, mais en plus, elles diminuent terriblement l’individu au point, parfois, de le rendre hors service. Quand un groupe connu pour ses débauches en tous genre (comme, à tout hasard, Babyshambles) n’annule pas purement et simplement ses dates en dernière minute – et un peu toujours pour les mêmes raisons – il donne des concerts bâclés, comme s’il n’en avait rien à faire des braves gens qui se sont déplacés pour l’occasion, semblant oublier que ce sont ces mêmes braves gens qui payent les factures (et le dealer…). Certains débordements ne sont pas à exclure, notamment quand on assiste à un spectacle (le terme est exact) du Brian Jonestown Massacre où, quand la baston n’a pas lieu sur scène, elle risque fort bien de se tenir dans le public.

Dans les deux cas, ce n’est ni très respectueux, ni très professionnel, surtout si l’on compare à d’autres groupes capables, eux, de tenir parfaitement debout chaque soir pendant deux heures et sans aucune fausse note, comme c’est le cas de Black Rebel Motorcycle Club. Je me suis d’ailleurs laissée dire que le trio aime à jouer les prolongations en acoustique à l’issue de leurs concerts, et il me semble humainement impossible de suivre un rythme aussi soutenu en étant chargé jusqu’à la moëlle.

Cela dit, je ne me voile pas la face : depuis les champignons hallucinogènes des Mayas aux drogues synthétiques des raves, les substances ont toujours existé et seront toujours là, légales ou non. D’ailleurs, la recrudescence inquiétante de l’alcool chez les plus jeunes prouve bien que la mode n’est qu’un éternel recommencement, mais là n’est pas la question : que l’on use et abuse de substances dans un but récréatif et ponctuel est une chose ; que l’on s’en serve à des fin « créatrices », c’est une autre paire de manches, et personne ne me fera jamais croire que ça rend créatif.

Con, peut-être, mais créatif, jamais de la vie !

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Une petite musique de film : The Graffiti Artist In Memoriam

10 commentaires

  • 1. dr frankNfurter  |  mai 17, 2010 à 11:22

    où as-tu que l’addiction de Billie Holiday la rendait plus créative, je veux la référence, TOUT DE SUITE!

    De même, je vais prendre la défense d’Hendrix, shooté aux médocs et à l’alcool sans aucun doute, pour le reste ça reste à prouver justement… tu me diras on peut ne pas être héroïnomane et être addict, c’est ce qu’il était. Mais croire que ce qu’il a fait il le doit à ses réflexes addictifs, faut être le roi des trous du c**… ça ne le dédouane pas, mais s’il prenait ce genre de saloperie, c’était sans doute pas pour être créatif, ou sinon, en comptant le nombre de personnes qui se font des cocktails médocs/alcool, on a un paquet d’artistes méconnus! XD

    Mais je recommence, la petite s’énerve et brasse de l’air pour pas grand chose, à moins d’être un crétin fini (ou un vieux qui fantasme encore sur SA période 68), qui peut tresser des lauriers à la dope pour son aide à la création… La ganja gardant une place à part, pas sûr que bon nombre de standard stoner, dub/reggae n’est pas été écrit sous cette influence… maintenant prétendre que la fumette est libératrice, je reste dubitatif…

    Bon après y’a des ex junkies qui s’en sont bien tirés, prenons Nick Cave! Par contre ne pas lui demander des anecdotes de sa période Birthday party XD

    Comme confiait Al Jourgensen la tête pensante de Ministry, (ancien?) junkie célèbre (la classe, il a eu le droit à une descente du FBI ou de la DEA dans son ranch texan dans les 90’s…), la dope ne te rend pas plus créatif au contraire.

    Tout ceci n’est qu’un fantasme à deux balles colporté par des minables… c’est leur donner bcp d’importance de se lancer dans une diatribe 😉

    PS: Et Charlie Parker dans ta nécro!!! :-S

  • 2. Mademoiselle Catherine  |  mai 17, 2010 à 11:51

    T’inquiète que des crétins finis qui ont voulu me prouver par a + b que la came aide à la création, j’en ai rencontré des tas. Mais ce n’étaient pas des gens très efficaces ni très productifs…

    Et je t’arrête tout de suite : à AUCUN moment je n’affirme que les célèbres junkies cités dans mon article ont dit que les substances les rendaient créatifs ! J’ai dressé cette liste (non exhaustive) au hasard des noms que me citent les trous du cul mentionné plus haut pour montrer à quel point ils faut se défoncer la gueule pour être un grand génie!
    Euh… pardon… Et Philip Glass? Il n’est pas connu pour ses excès, si?!
    Et ça se saurait si Shaun Ryder et Pete Doherty étaient de grands génies!

    Enfin bref, j’avais très envie de ressortir cet article et de le poster ici, des fois qu’il y aurait encore du passage…

  • 3. Nonivuniconnu  |  mai 19, 2010 à 11:03

    Ça me rappelle une récente interview de Slash dans laquelle il déclare que, shooté comme il l’était pendant tout un temps, il n’aurait jamais pu sortir un album comme celui qu’il vient de sortir car on ne lui aurait tout simplement pas fait confiance. La qualité de l’album (à mon sens, ça ne fait pas l’unanimité apparemment) montre d’ailleurs bien qu’il a gagné à se désintoxiquer (sans compter la kyrielles d’invités qui l’auraient probablement fui sinon).

    Sinon, tu n’as pas cité Syd Barrett, quand on y pense c’est très rare de voir le premier album de Pink Floyd non associé au LSD. Cela dit, ce sont les mêmes qui râlent après que Pink Floyd + Syd Barrett ça se limite à un seul album (et ses albums solo m’ont carrément emmerdés).

  • 4. Mademoiselle Catherine  |  mai 19, 2010 à 2:14

    Syd Barrett ou même Brian Wilson qui revient quand même de très, très loin…

    Pour ce qui est de la confiance accordée aux artistes clean, le cas de Robert Downey Jr. est assez flagrant aussi : il fut un temps où il lui était impossible de tourner, même si des scénarios continuaient à lui être proposés, car aucun studio ne voulait l’assurer sur les tournages.

    Et ce n’est qu’une anecdote parmi d’autres…

  • 5. Adrien  |  juillet 21, 2010 à 5:59

    Je ne citerai que William S. Burroughs et Hunter S. Thompson

  • 6. Mademoiselle Catherine  |  juillet 22, 2010 à 1:24

    Tu peux citer tous les noms que tu veux, je reste convaincue que ce ne sont pas les drogues qui ont rendues ces personnes créatives: le talent est question d’individus – pas de ce qu’ils se foutent dans le pif, les veines, les poumons ou le gosier…

    Je pense en outre que, si les deux géniaux écrivains que tu cites se servaient grandement de leur expérience de la drogue pour écrire, leurs livres auraient été bien moins bons s’ils les avaient écrits en étant complètement défoncés 😉

  • 7. Adrien  |  juillet 22, 2010 à 7:13

    Le festin nu et Junky, chef d’œuvres de Burroughs ont pourtant été écrit largement sous l’influence de drogues diverses … je doute que le résultat eut été le même si William avait écrit « clean » (même constat pour son fils et l’excellent Speed)

    Je ne cautionne pas forcément l’utilisation de drogues en littérature mais force est de constater que certains ont besoin de leurs dose de Crystal Meth’ pour libérer leur génie … et puis tu imagine vraiment un « Fear & Loathing in Las Vegas » sans mescaline? 😀

    Je sais, tu hais Bukowski, mais prends la peine de lire « Pulp » … peut-être reverras-tu un peu ton jugement à son sujet. Certains de ses poèmes sont très bien aussi mais bon je ne vais pas t’achever non plus hein 🙂

  • 8. Mademoiselle Catherine  |  juillet 22, 2010 à 7:28

    Bukowski, j’ai essayé, mais j’aime pas du tout son style, contrairement à celui de Burroughs qui est un grand écrivain.
    Cela dit, pour un Burroughs, combien y a-t-il de fumistes qui s’imaginent être sortis de la cuisse de Jupiter (Jupiler ?) sous prétexte qu’ils consomment toutes sortes de substance pour en écrire des bouquins après (même que tu passes pour un gros con quand tu n’as jamais rien pris).
    Ça continue de me tuer quand je vois des gens incroyablement talentueux foutre en l’air leur avenir, et je maintiens qu’aucune drogue ne rendra quelqu’un + créatif!

  • 9. Adrien  |  juillet 22, 2010 à 7:57

    Et je maintiens que sans les drogues, de nombreux chefs d’œuvres n’auraient pas vu le jour mais bon étant donné que nous campons allègrement sur nos positions … débat clos?

  • 10. Mademoiselle Catherine  |  juillet 22, 2010 à 8:49

    Hé hé, t’es un malin, toi 😉

    De toutes façons, je ne suis qu’une vieille conne réactionnaire, c’est bien connu !

    (et le pire, c’est que j’assume :p)


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