Une petite musique d’archives

Une petite musique de film ayant déménagé récemment de Blogspot à WordPress, voici mes archives, histoire de regrouper les résumés des séquences lorsqu’elles passaient encore le samedi matin.

Bonne lecture !

Samedi, 12 avril 2008 > Klaus Schulze, Angst.

Docu-fiction autrichien inspiré des pérégrinations d’un tueur en série, Angst s’articule autour de la musique de Klaus Schulze, pionnier des musiques électroniques et membre fondateur de Ash Ra Tempel et Tangerine Dream. Il en compose les cinq titres en été 1983 et les confie au réalisateur Gerald Kargl qui terminera son montage en fonction de la musique, opposant la douceur de certains titres à la sauvagerie du film.

S’inspirant des musiques industrielles naissantes, avec ses rythmiques et mélodies répétitives, Klaus Schulze développe des ambiances qui progressent tout doucement jusqu’à installer un climat oppressant.

Film violent, perturbant, aussi dérangé que dérangeant, Angst sera interdit en Allemagne au bout d’une semaine d’exploitation et ne passera pas à la postérité, contrairement à sa musique.

Samedi, 19 avril 2008 > Zombie Zombie, A land for renegades.

Ceci n’est pas une musique de film à proprement parler, mais une musique cinématique née de l’esprit – peut-être un peu dérangé – du duo français Zombie Zombie. Entre le saxophoniste free-jazz et ingénieur du son Étienne Jaumet et le batteur CosmicNeman le coup de foudre fut immédiat : ils partagent la même passion pour les films d’horreur, la contre-culture et les pionniers de la musique électronique. Aussi ont-ils décidé de combiner leurs savoirs-faire sur leur premier album, A Land For Renegades. Construit comme le scénario d’un film d’horreur, cet album plonge nos deux anti-héros en milieu hostile où ils seront poursuivis tour à tour par des loups, des renégats mutants et des esprits enfumés…
S’il le duo affirme ne pas prendre de drogues, mais adore jouer pour ceux qui en prennent, leur musique n’en est pas moins psychédélique et ramène à notre bon souvenir les bandes originales de Goblin pour Dario Argento et de John Carpenter pour lui-même.

Samedi, 26 avril 2008 > Claire Diterzi, Requiem for Billy the Kid.

Que ce soit en solo ou auprès d’autres artistes (Philippe Decouflé ou Titouan Lamazou dont elle a accompagné en musique un spectacle et une exposition), Claire Diterzi dégage toujours une sensualité rare.

Sur cette bande originale pour le western Requiem for Billy the Kid de la Française Anne Feinsilber, Claire mène sa barque seule ou presque et avec brio, passant de la guitare (son instrument fétiche) au violon, adaptant ses compositions aux besoins du film : ici, tout évoque les étendues sauvages, le soleil brûlant, les villes fantômes, et même sa voix, toujours aussi cristalline, sonne comme venant d’un autre âge. Sa version de Knockin’ On Heaven’s Door rend un bien plus bel hommage à Bob Dylan (jadis interprète principal du classique Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah) que celle des Guns’n’Roses, et on se prend à songer aux bandes originales puissantes, mais subtiles de Neil Young pour Dean Man et de Nick Cave & Warren Ellis pour The Proposition. Des ambiances dépouillées comme les plaines arides du Grand Ouest américain.

En très peu de temps et avec très peu de moyens (budget oblige), Claire Diterzi a distillé une folk poussiéreuse et néanmoins gracieuse à partir d’instruments acoustiques (guitares, violon, harmonica, viole de gambe et scie musicale). De-ci, de-là, sa voix vient charmer l’auditeur telle une sirène qui disparaît aussi subitement qu’elle était apparue.

Requiem for Billy the Kid est une bande originale envoûtante qui prouve une fois de plus que Diterzi a, décidément, plus d’une corde à son arc !

Samedi, 3 mai 2008 > Giorgio Moroder v/s Jeff Mills, Metropolis.

Premier film de science-fiction allemand et film le plus coûteux de la jeune histoire du cinéma (nous sommes en 1927), Metropolis est une très grosse production qui restera dans les annales. Si l’on ne compte plus les bandes originales qui ont accompagnées les images de Fritz Lang, nous n’en garderons ici que deux : la version de Giorgio Moroder en 1984 et celle de Jeff Mills en l’an 2000.

Le premier est producteur à succès pour la musique pop et le cinéma (Flashdance, le remake de La Féline, un Oscar pour Midnight Express), le second un pionnier de la techno de Detroit ; tous deux se sont offerts le luxe de réadapter Metropolis : là où Moroder l’a colorisé et très légèrement rallongé, Mills l’a diminué de moitié, gardant néanmoins l’essence du film. Musicalement, ils ne sauraient être plus éloignés : la version très eighties de Giorgio Moroder fait la part belle aux mélodies pop chantées par des stars de l’époque (Freddie Mercury, Pat Benatar ou encore Bonnie Tyler), tandis que Jeff Mills s’efface derrière le propos et compose une musique électronique subtile, presque organique.

Ni l’une ni l’autre ne contentera les puristes, mais ces deux bandes originales ont le mérite d’exister et de l’être réellement… originales !

Samedi 10 mai 2008 > Philip Glass, Les Animaux Amoureux.

S’inscrivant dans la lignée de Microcosmos et du Peuple migrateur, Les animaux amoureux du documentariste Laurent Charbonnier sont, eux aussi, assortis d’une bande originale remarquable composée par Philip Glass.

Depuis la fin des années 70, il n’a de cesse de composer pour le cinéma. Peut-être y était-il prédestiné puisque son premier concert en tant que compositeur eut lieu à la Filmmaker’s Cinemateque de New York en 1968. Entre temps, il a signé de nombreux opéras et symphonies tout en multipliant les collaborations de haut vol, notamment avec Allen Ginsberg, Yo-Yo Ma ou encore David Bowie. Côté cinéma, ses musiques pour Kundun de Martin Scorsese et The Hours de Stephen Daldry lui valurent chacune un Oscar.

Ce qui à séduit Philip Glass pour Les animaux amoureux, c’est de pouvoir écrire pour un film sans dialogues, les instruments se substituant au narrateur. Il a donc composé des thèmes répétitifs et minimalistes forts, principalement en mode mineur, conférant à sa musique (comme à son habitude) une touche languoureuse et mélancolique. Appelons-là the Glass touch

Samedi, 7 juin 2008 > Benoit Charest, Les Triplettes de Belleville.

Succès incontestable du cinéma d’animation, Les Triplettes de Belleville, petite perle de Sylvain Chomet, seraient incomplètes sans la musique réjouissante de Benoît Charest. Pour cette bande originale, le jazzman québecois à puisé son inspiration dans le swing et les musiques de cabaret des années 30, mais aussi dans le twist un peu ringard et toutes sortes de bruitages que l’on retrouve tout au long du film.

Se substituant habilement aux dialogues absents, la musique se fait narrative, s’amusant du contraste entre vieille France et mégalopole ultramoderne.

Voici donc une bande originale homogène et pourtant étonnamment riche et contrastée avec ses influences diverses et ses nombreux intervenants. Parmi eux, la chanteuse Béatrice « Betty » Bonifassi (épouse de Benoît Charest) et -M-, dont l’interprétation du délicieux Belleville Rendez-Vous vaudra à son compositeur un César et une nomination aux Oscars en 2004.

Samedi, 14 juin 2008 > Nino Rota, Il Casanova Di Fellini.

Pour son portrait d’un Casanova vieillissant et pitoyable, Federico Fellini a une fois de plus fait appel à son compositeur fétiche, le génial Nino Rota. Fine et subtile, cette bande originale fait la part belle aux thèmes récurrents et à une orchestration discrète mais insolite, faite de piano Fender, de celesta, d’harmonica de verre, guitares électriques, cordes et voix.

Le fait que Fellini ait eu bien peu de sympathie pour ses personnages lors du tournage n’en fait en rien un film bâclé, que du contraire : entièrement tourné dans les studios de la Cinecittà avec des décors extravagants et une centaine de collaborateurs, Il Casanova restera son film le plus coûteux, épuisant au passage deux producteurs.

Pour la musique, point de surenchère puisque la partition de Nino Rota brille par sa simplicité mélancolique, ce qui n’empêche pas l’un ou l’autre clin d’oeil comique, notamment lorsqu’il s’agit d’introduire (sans mauvais jeu de mots) l’oiseau magique avec sa valse mécanique, devenue depuis la musique d’introduction d’Une petite musique de film.

Décedé en 1979, trois ans après Casanova, Nino Rota laisse derrière lui quelques unes des plus belles musiques de l’histoire du cinéma. On se souviendra bien sûr de ses musiques pour Le Parrain et Le Parrain 2 de Coppola (Oscar de la meilleure musique en 1974), de Rocco et ses frères et Le Guépard de Visconti, mais c’est au cinéma de Fellini qu’il restera à jamais associé, avec les thèmes inoubliables qu’il composa pour La Strada, La Dolce Vita ou encore Huit et demi.

Samedi, 21 juin 2008 > Sébastien Tellier, Narco.

Comédie originale au casting de choix, Narco des Français Gilles Lellouche et Tristan Aurouet est truffé de références jusque dans sa bande son qui fait la part belle au vieux rock, à la soul et à la new wave.
Pour la musique originale, les réalisateurs ont commandé à Sébastien Tellier une b.o. typée et intemporelle qui n’a rien a envier aux plus grands. Sensuelle et audacieuse, elle reste sur le fil, cher au musicien, entre kitsch et classe. C’est que monsieur Tellier est un grand adepte du décallage, et sa récente participation à l’Eurovision en est la preuve.

Dans Narco, sa musique accompagne l’histoire d’un narcoleptique bien décidé à changer de vie, avec des mélodies tantôt douces et rêveuses et tantôt rentre-dedans. Aux douze instrumentaux spécialement composés pour l’occasion s’ajoute La Ritournelle, extraite de l’album Politics, sept minutes trente de bonheur et véritable tube en puisance.

Samedi, 28 juin 2008 > Goblin.

En 1975, le cinéaste Dario Argento commande à Claudio Simonetti, Fabio Pignatelli, Massimo Morante et Agostino Marangolo une musique originale pour son film Profondo Rosso, suite au désistement du compositeur Giorgio Gaslini. Les musiciens prennent le nom de Goblin et se mettent au travail. Après quelques jours en studio, le réalisateur propose au groupe de tenter une expérience : composer la bande originale en une nuit et l’enregistrer en une journée. Une méthode payante puisque le succès de cette b.o. dépassa toutes les espérances : un million de copies vendues, 52 semaines dans les hit parades italiens, atteignant la première place des ventes d’albums et de singles.

Après l’album Roller qui connaîtra un échec cuisant, Dario Argento les rappelle pour Suspiria, en 1977.

L’année suivante, le groupe traverse l’Atlantique pour participer à Dawn of the Dead de George A. Romero, toujours avec le soutien de Dario Argento. Malgré son succès, Goblin connait plusieurs conflits internes se sépare après cette parenthèse américaine.

En 1982, le public assiste à une réunification partielle du groupe pour Tenebre de Dario Argento. Cette bande originale ne portera pas le nom de Goblin, mais celui de trois de ses membres fondateurs, Claudio Simonetti, Massimo Morante et Fabio Pignatelli.

Bénéficiant depuis quelques années d’un revival, grâce, entre autres, à des groupes comme Daft Punk ou Justice qui les ont allègrement samplés, Goblin s’est réuni pour la première fois depuis Tenebre en 2005. Et si cette reformation sans Claudio Simonetti sent un peu l’argent facile, on ne peut que se réjouir de la réédition de leurs différents albums.

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2 commentaires Add your own

  • 1. Louis  |  décembre 4, 2008 à 1:30

    Cher mademoiselle Catherine,

    Nous ne nous connaissons pas. Ou plutôt si : votre voix m’accompagnais à un moment précis la matinée du samedi (toute comme celle de Monsieur Jean-Pierre).

    Voilà trois mois pour que je me souviennes que je suis membre fantôme de La Médiathèque et que certainement je pourrais vous rencontrer virtuellement. Voilà un plaisir à moitié revenu… Et en plus vous posséder un blog, alors peut-être me ferais-je blogiste. Voilà un bel avenir pour La Médiathèque …

    Louis

  • 2. Mademoiselle Catherine  |  décembre 4, 2008 à 1:47

    Je sais de sources sûres que le déplacement de l’émission « Première Séance » (« pas assez sexy » selon certains…) du samedi matin au dimanche soir nous a fait perdre beaucoup d’auditeurs. Aussi, ce petit mot d’encouragements me fait chaud au coeur. Merci Louis 🙂

    Je transmettrai au reste de l’équipe.
    Bonne journée à vous,
    Catherine

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